All Israel

Un nouveau café devient le dernier point de friction dans les tensions liées au shabbat à Jérusalem

 
Des manifestants ultra-orthodoxes manifestent devant le Café Basimta à Jérusalem en priant et en scandant des slogans à voix haute, le 4 juillet 2026. (Image : capture d'écran issue des réseaux sociaux, utilisée en vertu de l'article 27A de la loi sur le droit d'auteur)

Jérusalem – Un café spécialisé, ouvert il y a à peine un mois dans une ruelle tranquille près de la rue Agrippas, est devenu un théâtre inattendu de la lutte incessante qui agite Jérusalem autour du caractère de la ville, après que des dizaines de manifestants ultra-orthodoxes s’y sont rassemblés en quatre vagues distinctes samedi dernier pour avoir ouvert ses portes pendant le shabbat.

Le Café Basimta, situé dans le quartier de Nahlaot, à proximité du marché de Mahane Yehuda, a ouvert ses portes fin mai et est rapidement devenu l’un des rares endroits de la capitale où les habitants laïques pouvaient se procurer une tasse de café pendant le jour de repos juif.

Samedi, des manifestants ultra-orthodoxes (haredim) – dont beaucoup seraient mineurs – ont encerclé le café, frappé aux vitres et renversé des tables pour tenter de faire fuir les clients.

Si cette confrontation s’est concentrée sur un café de quartier, elle reflète des enjeux bien plus larges concernant l’équilibre entre la population de plus en plus religieuse de Jérusalem et la minorité laïque à la recherche d’espaces publics restant ouverts le shabbat.

Survenant dans un contexte de manifestations de rue haredim renouvelées contre la conscription militaire, cet incident illustre également les tensions accrues qui marquent actuellement la vie publique dans la capitale.

Le propriétaire du Café Basimta, Yoel Ben David, a déclaré au Jerusalem Post qu’il avait tenté de raisonner les manifestants, soulignant que le café se trouvait dans une ruelle, n’utilisait pas de haut-parleurs extérieurs et ne dérangeait personne.

Il a confié au JPost qu’il était attristé de voir de jeunes enfants envoyés pour frapper aux vitres, mais s’est engagé à continuer d’ouvrir le week-end. Ce qui l’a encouragé, a-t-il dit, c’est ce qui s’est passé ensuite : en l’espace de quelques heures, des dizaines d’habitants venus de toute la ville sont arrivés pour s’asseoir aux tables, applaudir depuis leurs balcons et, comme l’a déclaré un sympathisant du quartier voisin de Rehavia à Channel 12 News, « voter avec nos pieds ».

Jérusalem est statistiquement la grande ville la plus religieuse d’Israël. Selon le rapport annuel de l’Institut de recherche politique de Jérusalem publié en mai, 46 % de la population juive de la ville s’identifiait comme haredi en 2024 – soit près du triple du chiffre national de 16 % – tandis que seulement 13 % se déclaraient laïques, contre 44 % à l’échelle nationale.

Environ un cinquième des 1,45 million de citoyens ultra-orthodoxes d’Israël vit dans la capitale, ce qui en fait la plus grande concentration de cette communauté dans le pays.

Ces mêmes données démographiques expliquent également pourquoi un café comme Basimta existe. Bien que la population laïque de Jérusalem soit relativement peu nombreuse, elle est concentrée, fidèle et chroniquement mal desservie le samedi, jour où la majeure partie de la ville est à l’arrêt.

Les partisans qui se sont mobilisés en faveur du café ont maintes fois invoqué le manque d’options disponibles le shabbat pour justifier que cet établissement mérite d’être défendu.

Le scénario est familier. En 2014, le Café Bezalel avait fait face à des manifestations presque identiques après avoir commencé à ouvrir le shabbat et s’était rapidement retrouvé bondé chaque week-end.

En 2023, un tribunal a rendu une injonction contre la municipalité après que celle-ci eut tenté d’imposer la fermeture le samedi d’un café prévu dans un parc de Talbiya, à la suite de manifestations de riverains sous le slogan « oui au café, non à la contrainte ».

Le moment choisi pour la manifestation de samedi lui confère toutefois une importance particulière. Elle intervient au milieu de la vague de manifestations de rue haredim la plus intense depuis des années, motivée non pas par le shabbat mais par la question de la conscription militaire.

Depuis que la police a annoncé fin mai qu’elle reprendrait les interpellations des insoumis ultra-orthodoxes, les manifestants ont bloqué à plusieurs reprises la Route 1 et l’entrée principale de Jérusalem, se sont affrontés avec des agents devant les centres de recrutement et, lors d’un incident survenu en avril, ont fait irruption au domicile du commandant de la police militaire de l’armée israélienne (IDF), ce qui a conduit à 25 arrestations.

Le mois dernier, des dizaines d’hommes ultra-orthodoxes ont manifesté contre l’arrestation d’un insoumis de l’armée israélienne devant le domicile d’Isaac Amit, président de la Cour suprême.

Alors que les élections sont prévues en octobre, la Knesset envisage actuellement un gel temporaire de ces arrestations.

Dans ce contexte, une manifestation au sujet d’un expresso peut apparaître comme un nouveau front dans la confrontation grandissante entre la rue ultra-orthodoxe et les institutions de l’État. Pourtant, des voix haredim mettent en garde contre toute confusion entre ces deux aspects – ou contre le fait de considérer la communauté comme un bloc monolithique.

S’exprimant lors d’un sommet sur la politique à Jérusalem en juin, le rabbin Karmi Gross a estimé qu’au moins 70 % des Haredim s’opposaient totalement aux manifestations de rue.

Ben David, pour sa part, s’attend à ce que les manifestants reviennent le prochain shabbat – et affirme que ses portes leur seront ouvertes à ce moment-là.

Dans une ville où 13 % de la population juive cherche un endroit où aller le samedi matin, il parie que les clients reviendront eux aussi.

All Israel
Recevez les dernières infos et mises à jour
    Latest Stories