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Cachée dans le projet de loi sur la défense : la clause américano-israélienne qui divise Washington

 
Le député américain Thomas Massie (républicain du Kentucky) s'adresse à la presse à la sortie d'un vote au Capitole, à Washington, D.C., le 25 juin 2026. (Photo : Annabelle Gordon/Reuters)

À Washington, on se dispute à nouveau au sujet d’Israël. Quoi de neuf ?

Cette semaine, une disposition enfouie au cœur du projet de loi annuel d’autorisation de défense du Congrès a suscité un débat houleux.

Le débat porte sur ce qu’on appelle l’« Initiative de coopération en matière de technologies de défense entre les États-Unis et Israël ». Elle figure à la fois dans la version de la Chambre des représentants et dans celle du Sénat de la loi d’autorisation de défense nationale (NDAA) pour l’exercice 2027.

La Chambre des représentants et le Sénat abordent la question de manière quelque peu différente, et cette proposition a donné lieu à l’une des coalitions politiques les plus inhabituelles de Washington. Ce texte de loi chargerait le Pentagone d’étendre la coopération avec Israël dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, les systèmes autonomes, la défense antimissile, la cybersécurité, la biotechnologie, l’industrie de défense, la recherche et le développement, ainsi que les chaînes d’approvisionnement de défense.

Ses partisans font valoir qu’Israël est devenu l’un des partenaires les plus innovants des États-Unis en matière de technologies militaires et qu’une collaboration plus étroite profite autant à la sécurité nationale américaine qu’à celle d’Israël.

Ils soulignent qu’il ne s’agit pas d’accorder davantage d’aide militaire à Israël et que la disposition figurant dans le projet de loi ne crée pas de commandement militaire conjoint ni ne transfère le contrôle opérationnel des forces américaines. Ils affirment au contraire qu’en s’associant à Israël, les troupes américaines auront accès à des technologies de pointe sur le champ de bataille. En bref, ils affirment qu’il s’agit simplement d’une initiative de bon sens.

Les détracteurs rétorquent qu’il faut y réfléchir à deux fois. Ils dénoncent cette mesure comme un pas vers l’institutionnalisation permanente de la coopération de défense entre les États-Unis et Israël, d’une manière que le Congrès n’a jamais adoptée auparavant. En substance, ils soutiennent que le Congrès est en train de créer une bureaucratie permanente au sein du Pentagone dont la mission serait d’approfondir continuellement la coopération militaire avec Israël, quelle que soit l’administration en place à la Maison Blanche. Les détracteurs estiment qu’un enchevêtrement aussi étroit avec Israël va trop loin.

Il convient de noter que la version de la Chambre des représentants – du moins à ce stade – est plus modérée. Elle charge le secrétaire à la Défense de désigner un responsable au Pentagone chargé de coordonner la coopération en matière de technologies de défense entre les États-Unis et Israël.

Elle atténue également certains termes du texte initial en faisant référence à l’« intégration potentielle » des technologies israéliennes dans les programmes de défense américains. Il ne s’agirait pas d’une intégration automatique. De plus, la formulation est plus nuancée, indiquant qu’une liste d’activités coordonnées avec Israël « peut » être mise en œuvre plutôt que « doit » l’être.

La version du Sénat semble plus large à ce stade et s’apparente davantage à un cadre bilatéral formel pour une coopération à long terme en matière de technologies de défense. D’ordinaire, la question d’Israël divise républicains et démocrates. Cette fois-ci, la ligne de fracture est différente.

D’un côté se trouvent de nombreux républicains traditionnels partisans de la sécurité nationale, des démocrates pro-israéliens (un groupe en déclin, certes) et des organisations comme l’AIPAC.

De l’autre côté se trouve une coalition grandissante composée de démocrates d’extrême gauche anti-israéliens et de l’aile anti-israélienne non interventionniste du mouvement « America First », représentée au Congrès.

Ce camp fait valoir que le Congrès ne devrait pas exiger un renforcement des liens avec le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahou à un moment où les critiques à l’encontre de la conduite de la guerre par Israël à Gaza se multiplient.

Jusqu’à présent, une tentative a été faite à la Chambre des représentants pour supprimer cette disposition du projet de loi. Le député républicain anti-israélien Thomas Massie s’est associé au député démocrate anti-israélien Ro Khanna pour présenter un amendement visant à supprimer cette disposition, mais cet amendement a été bloqué avant d’être soumis à la Chambre ; le texte figure donc toujours dans le projet de loi.

Les objections de Massie, cependant, proviennent d’un courant très différent de celui des démocrates progressistes. Ses préoccupations reflètent l’aile «America First» et non-interventionniste du Parti républicain, en pleine expansion, qui soutient que les États-Unis devraient éviter de s’impliquer de manière permanente dans les affaires militaires de tout pays étranger – même de leurs proches alliés. Ce courant estime qu’il ne s’agit pas d’une coopération traditionnelle en matière de défense, mais plutôt d’une extension de l’intégration militaire.

La gauche progressiste fait écho à certains sentiments de la droite «America First», mais elle s’inquiète également d’un resserrement des liens entre les États-Unis et le gouvernement de Netanyahou.

Le Premier ministre Netanyahou ne s’est pas exprimé publiquement en détail sur les dispositions spécifiques de la NDAA actuellement débattues au Congrès, mais sa vision générale des relations de sécurité entre les États-Unis et Israël est restée cohérente. S’il a vivement plaidé en faveur d’un renforcement de la coopération stratégique entre les deux pays, Netanyahou a également fait valoir ces dernières années qu’Israël devait réduire progressivement sa dépendance à l’égard de l’aide militaire américaine.

À la suite des attaques du 7 octobre, il a réaffirmé qu’Israël devait en fin de compte être capable de se défendre par ses propres moyens, et a suggéré que, à mesure que l’économie et l’industrie de la défense israéliennes continuent de se développer, le pays devrait œuvrer en faveur d’une plus grande autosuffisance plutôt que de compter indéfiniment sur l’aide américaine.

Ce que montre le débat actuel sur cette mesure, c’est qu’Israël ne va pas échapper à la surveillance étroite des membres du Congrès. Si la majorité continue de soutenir Israël, la faction grandissante des démocrates d’extrême gauche et des conservateurs « woke » partisans de l’« America First » pose un problème de taille à Israël. Cela survient au pire moment possible.

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