Le spectacle autour d'un « habitant des implantations », et ce qu'il ne reflète pas
Merci d'avoir cliqué. Autant être totalement transparent : je voulais un titre qui vous incite à lire ce texte. Le sujet est grave. L'angle doit être honnête.
Seconde précision : je suis moi-même un « habitant des implantations » — ce terme à charge utilisé pour décrire (ou diffamer) les Israéliens qui vivent dans des communautés juives situées au-delà de la ligne verte, la ligne d'armistice de 1949 entre Israël et la Jordanie. La Palestine n'existait pas alors. La Jordanie occupait et avait annexé la région. Israël en a repris le contrôle lors de la guerre des Six Jours en 1967. Vous avez peut-être entendu parler de la Judée-Samarie ou, de façon également péjorative, de la « Cisjordanie ». C'est là que j'habite. Nous sommes environ 500 000. Notre présence ici ne relève pas d'un colonialisme étranger ni de l'illégal. C'est le sujet d'un autre débat.
Ce que je souhaite que vous sachiez, c'est que bien que nous soyons tous qualifiés d'« habitants des implantations » et mis dans le même sac, nous sommes loin d'être tous identiques.
La semaine dernière, un autre « habitant », le député Zvi Sukkot, s'est retrouvé à la une des journaux du monde entier en endommageant un monument dédié à des terroristes locaux qualifiés de « martyrs », dans le village arabe palestinien de Madama. J'y reviendrai sous peu. Mais permettez-moi de le dire sans détour : Sukkot ne me représente pas, ni dans ma façon de penser, ni dans mon comportement, ni à la Knesset.
Il ne représente pas la majorité des 500 000 habitants juifs de Judée-Samarie, pas plus aujourd'hui qu'avant les dernières élections.
Deux réalités parallèles et contradictoires sont à l'œuvre. Quand des violences émanant de l'extrême droite éclatent en Israël en pleine campagne électorale, elles peuvent séduire une frange marginale sensible à ce genre de démonstration. Or, nous sommes en pleine campagne. Plutôt que de chercher à convaincre des électeurs au-delà de son électorat traditionnel, Sukkot a flatté les instincts les plus incontrôlés de sa base, et ce de la manière la plus avilissante qui soit.
La seconde réalité concerne la manière dont les observateurs extérieurs s'emparent de la version la plus provocatrice, la plus spectaculaire et la plus violente des « habitants des implantations », comme si elle nous représentait tous, comme si elle incarnait toute la communauté nationaliste-religieuse ou l'ensemble d'Israël. Le danger est double : la violence est condamnée à juste titre, mais en faire des gorges chaudes alimente les stéréotypes, masque une réalité complexe et transforme l'acte individuel d'un politicien irresponsable en un spectacle voyeuriste anti-israélien.
À l'étranger, certains ont peut-être vu passer le titre d'un article ou une vidéo de 60 secondes sur les réseaux sociaux. Mais il faut comprendre les réalités du terrain. D'abord, les Israéliens eux-mêmes débattent vivement de cet événement, sur tout l'échiquier politique, dans les médias comme dans les conversations de tous les jours.
Sur le plan intérieur, j'espère que cela contribuera aux réflexions de manière constructive, notamment au moment de choisir pour qui voter — ou ne pas voter — lors du scrutin prévu dans deux mois.
Dans le même temps, les détracteurs d'Israël se servent de cet incident pour appuyer leurs accusations habituelles de génocide, de nettoyage ethnique et d'apartheid — autant d'affirmations fausses. J'espère qu'ils liront ces lignes et réaliseront que la majorité des Israéliens condamnent l'attitude de Sukkot pour de multiples raisons. Il est légitime de condamner des actes précis et des individus. Il est en revanche malhonnête d'utiliser cet événement pour nous généraliser tous ou pour nourrir des accusations au moyen de mots tellement dévoyés qu'ils en ont perdu leur sens. Ce n'est ni exact, ni honnête, ni constructif.
Le fait que la plupart des Israéliens condamnent ce comportement et n'imagineraient jamais agir de la sorte rend le cas d'autant plus criant. C'est un acte isolé, une dérive, certainement pas la norme ni une attitude acceptée. Voilà la réalité.
Même s'il y avait des dizaines ou des centaines de personnes prêtes à faire une telle chose, le problème est qu'il existe tellement de monuments, de parcs publics, d'écoles et d'autres lieux célébrant les terroristes et incitant à la violence au sein de l'Autorité palestinienne que ce serait une bataille sans fin. La réalité, c'est que nous ne le faisons pas. Et si nous ne le faisons pas, ce n'est pas parce que ces lieux se comptent par centaines.
Nous ne le faisons pas parce que c'est stupide, dangereux, et que ce n'est notre rôle ni à l'échelle nationale, ni à l'échelle individuelle. Ce n'est la place d'aucun citoyen, et encore moins d'un élu. C'est contre-productif à plus d'un titre : parce que c'est illégal, parce que ce n'est pas ainsi que nous devons nous comporter, parce que cela monopolise des ressources militaires et offre une image désastreuse, et enfin parce que rien dans cet acte ne changera la culture de terreur que l'Autorité palestinienne entretient, glorifie et célèbre. Au contraire, cela ne fait que la rendre plus virulente.
Voilà le fond de l'histoire : la réalité de ce que sont nos voisins, et le fait qu'ils glorifient et encouragent la violence et le terrorisme. C'est cette réalité-là qui se perd ici. Ce n'est pas une culture ni une idéologie que l'on peut faire évoluer ou rationaliser.
Ce sont les noms et les crimes des terroristes figurant sur le « monument des martyrs » de Madama qui devraient faire les grandes titres. Parmi ces figures locales célébrées figureient Yaman Tayeb Ali Faraj et Shadi Nassar, tous deux affiliés au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), ainsi que Hamdan Hussein Mahmoud al-Najjar. Ensemble, ils sont responsables ou auteurs d'attaques terroristes contre Israël qui ont fait plusieurs morts et des dizaines de blessés. D'autres « martyrs » de Madama ont été tués lors de la bataille de Karameh en 1968, où des terroristes de l'OLP et du Fatah ont combattu aux côtés des troupes jordaniennes, un affrontement qui a coûté la vie à de nombreux terroristes arabes palestiniens et soldats jordaniens.
Oui, ces terroristes et leurs actes sont abjects. Sukkot a affirmé être intervenu après que l'armée israélienne a refusé de retirer ces monuments malgré ses demandes, soutenant qu'ils glorifiaient des meurtriers de Juifs et incitaient les enfants de la région au terrorisme. C'est peut-être vrai. Mais il n'avait ni le droit ni l'autorité d'agir de son propre chef, et encore moins sous escorte militaire. Israël est une démocratie solide. Sukkot et son parti auraient pu exiger le retrait de ce monument à la Knesset, auprès de l'armée ou par la voie des tribunaux. Israël dispose de recours légaux et appropriés pour traiter ces questions.
L'armée a précisé que la visite avait été coordonnée en tant que « visite d'inspection des monuments », mais que la dégradation s'était faite par surprise et de manière trompeuse.
Parce que l'acte de Sukkot était indigne, l'incident a suscité une condamnation immédiate et générale : du Premier ministre Netanyahou, qui l'a qualifié d'« inacceptable », jusqu'au sein même de son propre parti, Sionisme religieux, sans parler de l'opposition. Ohad Tal, député du même parti, s'est ouvertement interrogé sur les motivations électorales de cet acte : « Je cherche à comprendre. Cette initiative était-elle coordonnée avec la campagne ? Y a-t-il une stratégie élaborée qui m'échappe totalement, ou avons-nous simplement décidé de commettre un suicide politique une bonne fois pour toutes ? Je pose sincèrement la question. »
Le problème ne réside pas seulement dans l'acte lui-même, mais aussi dans la manière dont il s'est déroulé. L'armée n'aurait jamais dû autoriser cette démarche au départ. Une fois la situation claire, elle aurait dû y mettre fin. Quiconque a donné son feu vert devrait être limogé. Accorder une escorte militaire a détourné des soldats de leur mission première : la défense. Il s'agissait d'une opération purement offensive, qui a mis des Israéliens en danger.
Que se serait-il passé si des terroristes de Madama avaient ouvert le feu, blessant ou tuant Sukkot, son entourage ou les soldats chargés de sa protection ? Tout cela pour quoi ? En agissant ainsi et en mobilisant des troupes pour sa sécurité, a-t-il renforcé la sécurité de quiconque, ou a-t-il simplement fait courir un risque accru à tout le monde ?
Sukkot devrait être exclu de son parti, mais cela n'arrivera probablement pas. Bien que le chef du parti, Bezalel Smotrich, ait désapprouvé son geste et lui ait adressé des reproches, il n'aura probablement pas le courage d'affronter la base de son électorat au risque de perdre des voix, même par principe. Pourtant, en tant que dirigeant du parti Sionisme religieux, Smotrich devrait réaliser que cet acte n'avait rien de religieux et constituait au contraire un hiloul Hashem — une profanation publique du Nom divin.
L'action de Sukkot n'était ni religieuse, ni sioniste. Le rétablissement de la souveraineté juive, le fait pour les Juifs de vivre en tant que nation indépendante sur leur terre ancestrale, n'est pas un permis d'agir au-dessus des lois au détriment d'autrui.
Israël a de très bonnes raisons de s'opposer à la présence de monuments et d'espaces publics qui glorifient les terroristes et incitent à la haine. L'école de l'Autorité palestinienne située en face de chez moi arbore une fresque à l'effigie du chef terroriste de l'OLP, Yasser Arafat. C'est une forme de maltraitance envers les enfants. Plutôt que d'aller détruire ce monument, pourquoi Sukkot n'a-t-il pas réalisé une vidéo devenue virale pour expliquer qui étaient les terroristes honorés sur cette stèle et plaider pour son retrait légal ? Pourquoi personne ne vient sur mon balcon pour constater le message morbide enseigné aux enfants arabes palestiniens à travers la célébration d'Arafat ?
Le dommage médiatique et les erreurs commises sont irréversibles, mais ce n'est pas la raison principale pour laquelle cet acte est condamnable. Il l'est parce qu'il est intrinsèquement mauvais.