Malgré les objections du chef de l'armée israélienne : la Knesset adopte une loi élevant l'étude de la Torah au rang de « valeur fondamentale » de l'État
Zamir : « Il est inconcevable » que l'armée israélienne « accorde des exemptions massives de poursuites judiciaires »
La Knesset israélienne a approuvé lundi une loi très controversée érigeant l’étude de la Torah en « valeur fondamentale » de l’État, une mesure qui, selon ses détracteurs, vise à compliquer à l’avenir l’arrestation des insoumis ultra-orthodoxes.
Cette loi a été adoptée peu après que la commission des Affaires étrangères et de la Défense eut donné son feu vert au projet de loi dit « d’arrestation », qui accorderait une immunité temporaire aux insoumis ultra-orthodoxes.
Le gouvernement s’est efforcé de faire avancer une série de projets de loi très controversés, dont plusieurs parrainés par les partis haredim, avant la dissolution de la Knesset prévue à la fin de cette semaine.
Lundi, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général de corps d’armée Eyal Zamir, a vivement critiqué le projet de loi sur les arrestations, le qualifiant de « clairement et sans équivoque incompatible avec les besoins de l’armée israélienne », tout en réitérant le besoin urgent de l’armée de recruter davantage de soldats.
אושר סופית: נקבע כי לימוד התורה הוא ערך יסוד במורשת העם היהודי ובמדינת ישראל.
— הכנסת - The Knesset (@KnessetIL) July 13, 2026
לחוק במאגר החקיקה הלאומי: https://t.co/XuVlFNJEUe pic.twitter.com/GamWJADBXU
« Il est inconcevable que le système militaire sous mon commandement, qui exige de son personnel des sacrifices sans précédent, puisse se prêter à l’octroi d’exemptions massives de poursuites judiciaires », a écrit Zamir dans une lettre adressée au Premier ministre Benjamin Netanyahu, au ministre de la Défense Israel Katz et au président de la commission de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth.
On estime à 80 000 le nombre d’hommes ultra-orthodoxes éligibles au service militaire mais non enrôlés, alors que les Forces de défense israéliennes (FDI) réclament davantage de soldats, le système de service de réserve étant au bord de l’« effondrement », comme l’ont décrit certains officiers. Les responsables des FDI ont répété à plusieurs reprises que l’armée avait besoin de 12 000 nouvelles recrues, dont 8 000 soldats de combat.
Zamir a souligné que le projet de loi sur les arrestations « ne devrait pas seulement ne pas attirer de personnel supplémentaire vers le service militaire à court terme, mais qu’au contraire, il incitera à ne pas se présenter au service militaire, car il prévoit une exemption de poursuites et de procédures pénales ».
Dans un geste visant à apaiser les inquiétudes de l’armée, la commission de la Défense a également fait avancer le projet de loi prolongeant le service militaire obligatoire à 32 mois. Au cours des débats en commission, le général de brigade Shay Tayeb, chef de la Direction du soutien au personnel, a souligné que « l’armée d’active a atteint la limite de ses capacités, tout comme la réserve ».
Par ailleurs, les dirigeants haredim ont salué la loi sur l’étude de la Torah, bien que la version édulcorée qui a été adoptée ne devrait pas avoir de conséquences juridiques significatives et soit largement considérée comme une mesure symbolique visant à satisfaire les électeurs des partis haredim. Le projet de loi initial aurait carrément assimilé l’étude de la Torah au service militaire.
Moshe Gafni, député du parti « Judaïsme unifié de la Torah » et co-auteur de la loi, a déclaré qu’elle « servirait de boussole morale à l’État et exprimerait la reconnaissance du fait que l’étude de la Torah n’est pas simplement l’héritage du passé, mais le fondement sur lequel reposent le présent et l’avenir du peuple juif sur sa terre ».
« C’est une victoire pour le monde de la Torah et une réponse claire à l’ancien procureur général destitué ainsi qu’à tous ceux qui ont cherché à persécuter et à humilier les étudiants des yeshivot », s’est réjoui Aryeh Deri, chef du parti Shas. « Vous ne parviendrez pas à briser l’esprit juif. La sainte Torah prévaudra ! »
Le projet de loi a été vivement critiqué par les partis d’opposition, qui ont appelé les membres de la coalition à s’y opposer avant le vote. Au final, seuls Yuli Edelstein et Dan Illouz, qui avaient déjà annoncé leur départ du Likoud en raison de leur opposition au soutien apporté à ce qui s’apparente à une évasion du service militaire, ont voté contre.
Le « Forum des épouses des réservistes » a déclaré dans un communiqué que cette loi « aggraverait encore davantage les inégalités ».
Gilad Rand, l’un des dirigeants du « Forum national des réservistes religieux », a averti : « Nous croulons sous le poids de cette charge. Je vais bientôt atteindre les 400 jours de service de réserve. J’en suis déjà à ma deuxième rotation en juillet-août, qui coïncide cette fois-ci avec les vacances scolaires. »
Par ailleurs, le Mouvement pour un gouvernement de qualité (MQG) a annoncé avoir déjà déposé une requête auprès de la Haute Cour de justice afin d’annuler la loi sur l’étude de la Torah, qui a reçu le statut de loi fondamentale quasi-constitutionnelle.
« Derrière ce nom anodin se cache une tentative d’inscrire l’exemption du service militaire dans les lois fondamentales d’Israël — afin de contourner les décisions de la Haute Cour, précisément au moment où leur application commence à produire ses effets et où les sanctions entraînent une augmentation des enrôlements », ont-ils déclaré.
« Une loi fondamentale issue d’un accord politique, promulguée à la hâte et sans véritable débat public, et visant à institutionnaliser une discrimination permanente, ne peut être maintenue. »
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