Les facultés de médecine israéliennes s'opposent à un projet de loi de la Knesset visant à étendre les cursus séparés par sexe
Les doyens des neuf facultés de médecine d’Israël exhortent les législateurs à rejeter un projet de loi visant à étendre les programmes d’études non mixtes dans les universités du pays, avertissant que cela pourrait nuire à la formation médicale, menacer l’accréditation internationale et, à terme, porter préjudice à la santé publique.
Ce projet de loi, dont les deuxième et troisième lectures sont prévues cette semaine, ne rendrait pas obligatoires les cours séparés par sexe, mais permettrait de proposer des programmes de master et de doctorat séparés par sexe, principalement destinés aux juifs pratiquants.
Dans une lettre publiée lundi, les doyens de l’université de Tel-Aviv, de l’Institut technologique Technion, de l’université Bar-Ilan, de l’université Ben Gourion, de l’université Ariel, de l’université Reichman, de l’université de Haïfa et de l’Institut Weizmann des sciences ont appelé les membres de la Knesset à voter contre ce projet de loi.
Les détracteurs du projet de loi craignent qu’il n’oriente davantage de financements publics vers des programmes non mixtes, laissant aux universités le choix entre adopter de telles politiques ou perdre l’accès aux financements de l’État.
Les doyens des facultés de médecine ont fait valoir que l’enseignement non mixte est essentiel pour préparer les futurs médecins à travailler en collaboration tout en prenant en charge la population israélienne, caractérisée par sa diversité culturelle et ethnique.
La lettre mettait également en garde contre le fait que l’extension des filières non mixtes pourrait compromettre l’accréditation internationale des universités israéliennes, limitant potentiellement les possibilités pour les étudiants de travailler, d’étudier et de collaborer avec des collègues et des institutions à l’étranger.
Les doyens ont en outre fait valoir que cette législation pourrait, à terme, affaiblir le système de santé israélien. Faisant référence à ce qu’ils ont décrit comme le classement déjà médiocre du pays selon plusieurs indicateurs de santé de l’OCDE, ils ont posé cette question rhétorique aux membres de la Knesset : « Si l’un de vos proches devait subir une intervention chirurgicale, préféreriez-vous le meilleur professionnel ou un chirurgien du « bon » sexe ? »
Ce projet de loi fait suite à un arrêt rendu en 2021 par la Haute Cour de justice, qui autorisait le Conseil de l’enseignement supérieur à continuer d’encourager les cursus non mixtes dans certains programmes de premier cycle.
Cette politique visait à accroître le nombre d’inscriptions parmi les étudiants ultra-orthodoxes et à améliorer leur intégration sur le marché du travail.
À l’époque, des garanties avaient été prévues pour prévenir toute discrimination à l’encontre des enseignantes et pour veiller à ce que le programme reste axé sur l’augmentation de la participation des ultra-orthodoxes dans l’enseignement de premier cycle.
Les détracteurs affirment que le projet de loi actuel supprime en grande partie ces garanties tout en étendant les cursus non mixtes au-delà de leur champ d’application initial. Il étendrait ces programmes aux masters et aux doctorats, y compris à la formation médicale, où des diplômes de haut niveau sont requis pour exercer.
Les partisans de la législation, dont la députée Limor Son Har-Melech du parti Otzma Yehudit, affirment qu’elle « favorisera l’avancement des femmes issues de milieux qui n’ont pas bénéficié des opportunités qu’elles méritent ».
Les députés de l’opposition et les responsables universitaires soutiennent toutefois que cette mesure aurait l’effet inverse en privilégiant les préférences des étudiants ultra-orthodoxes au détriment de la liberté académique, de la qualité de l’enseignement et de la recherche.
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