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Israël, la connaissance de la Bible et l'avenir de la formation théologique évangélique

 
(Photo: Shutterstock)

À une époque où le scepticisme à l’égard de la Bible ne cesse de croître, l’Église est confrontée à une crise interne sans précédent : si l’intérêt pour les Écritures augmente, la conviction réelle quant à leur autorité et à leur fiabilité historique est en forte baisse. Abordant ce paradoxe moderne lors du Sommet de Jérusalem de 2026, la présidente de l’ICEJ USA, le Dr Susan Michael, a prononcé un discours crucial sur les dangers profonds d’un analphabétisme biblique généralisé et sur la manière dont les établissements d’enseignement peuvent y remédier. Voici un extrait de son message complet.

Le christianisme américain est confronté à un paradoxe sans précédent. Bien que l’intérêt pour les Écritures ait augmenté ces dernières années, la confiance dans l’autorité, la fiabilité historique et la cohérence théologique de la Bible continue de décliner. Cette évolution représente un défi majeur pour les établissements d’enseignement supérieur chrétiens chargés de former la prochaine génération de pasteurs, d’éducateurs, de missionnaires et de dirigeants publics. L’ignorance biblique n’est plus seulement une lacune éducative : c’est une crise théologique qui laissera une génération de responsables chrétiens incapables de comprendre la signification biblique d’Israël et du peuple juif.

Pour remédier à ce déficit, les programmes des séminaires doivent être élaborés de manière à inclure une théologie biblique globale qui présente l’ensemble de la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse, comme un récit unifié de la rédemption.

Atteinte au caractère de Dieu

Le déclin de la culture biblique modifie fondamentalement la manière dont les chrétiens comprennent le caractère de Dieu, la nature des alliances divines et la continuité des desseins rédempteurs de Dieu à travers l’histoire. De la Genèse à l’Apocalypse, le récit biblique présente systématiquement Dieu comme fidèle à ses promesses, son alliance avec Abraham servant de fondement sur lequel se construit la révélation biblique ultérieure. Lorsque ce fondement d’alliance est négligé, la fidélité même de Dieu devient vulnérable à la réinterprétation. Si les alliances divines peuvent simplement être abandonnées ou transférées de manière permanente à un autre peuple, alors le caractère de Dieu devient de plus en plus difficile à concilier avec le témoignage même des Écritures selon lequel il est fidèle et immuable.

Le supersessionisme et la perte de l’importance théologique d’Israël

L’une des conséquences significatives du déclin de la connaissance biblique a été le regain d’influence du supersessionisme, également connu sous le nom de « théologie du remplacement », qui affirme que l’Église a définitivement remplacé Israël dans le plan de rédemption de Dieu. Selon cette vision du remplacement, les promesses faites à Israël sont interprétées spirituellement et appliquées à l’Église, tandis que les jugements restent littéraux et s’appliquent à Israël. Pourtant, les Écritures affirment à maintes reprises la fidélité constante de Dieu à ses promesses d’alliance et présentent systématiquement Israël comme faisant partie intégrante du déroulement de l’histoire du salut. L’argumentation de l’apôtre Paul dans Romains 9–11 le souligne clairement, en déclarant que « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11, 29).

Redécouvrir le contexte juif de Jésus

L’ignorance biblique conduit également à dépouiller Jésus de son contexte historique et juif. Jésus était un Juif du Ier siècle, né dans la maison de David, circoncis selon l’alliance mosaïque, et élevé pour adorer dans le temple et célébrer les fêtes juives. Détacher Jésus de son identité juive appauvrit la théologie chrétienne.

Le scepticisme biblique

Dans le même temps, l’enseignement supérieur chrétien est confronté à une culture croissante de scepticisme biblique. Les sociétés occidentales sont devenues de plus en plus laïques, et le scepticisme à l’égard de l’autorité biblique s’étend désormais à de nombreux établissements d’enseignement traditionnellement identifiés comme évangéliques. Cette dérive théologique menace l’un des piliers fondamentaux de l’évangélisme : la croyance en l’autorité des Écritures. Un grand nombre d’étudiants arrivent au séminaire influencés par des idées préconçues qui remettent en question l’autorité biblique avant même que l’enseignement théologique formel ne commence.

Implications pour l’enseignement théologique

Les établissements d’enseignement ne peuvent plus partir du principe que les nouveaux étudiants possèdent une culture biblique ou ont confiance en l’autorité des Écritures. Ces deux éléments doivent désormais être cultivés de manière intentionnelle et nécessitent une réforme curriculaire en profondeur. Des cours d’initiation biblique complets devraient devenir des prérequis fondamentaux, permettant aux étudiants de comprendre les Écritures comme un récit unifié plutôt que comme un ensemble de textes isolés. De plus, le contexte éducatif actuel offre une occasion unique d’intégrer une étude académique approfondie d’Israël et du peuple juif dans les programmes des séminaires, afin de fournir des cadres historiques et théologiques reliant l’Israël biblique à la communauté juive moderne.

Programme du cours « Introduction à Israël » et antisémitisme chrétien

Une réforme des programmes d’études allant dans ce sens est réalisable. L’ICEJ USA, par exemple, a mis au point un cours de niveau universitaire retraçant l’histoire du peuple juif, d’Abraham à l’État moderne d’Israël, avec des modules dédiés à l’histoire de l’antisémitisme et aux relations entre chrétiens et juifs, afin que les futurs responsables chrétiens puissent distinguer l’enseignement biblique des déformations théologiques. Toute institution soucieuse de mener à bien ce type de réforme devrait se demander si son propre programme d’études offre aux étudiants les mêmes bases.

L’apprentissage par l’expérience

Les voyages d’étude permettant aux étudiants de parcourir la Terre de la Bible constituent un moyen éprouvé de renforcer l’enseignement en classe. ICEJ USA organise un programme estival de 18 jours en partenariat avec plusieurs institutions universitaires chrétiennes et israéliennes, offrant des crédits universitaires pour cette expérience. Des programmes comme celui-ci devraient être considérés comme un complément standard à la formation en séminaire, et non comme une option facultative.

Initiatives sur les campus

Enfin, les établissements devraient envisager de créer un centre dédié à Israël sur leur campus, une plaque tournante pour des programmes permanents, des conférences et des études interdisciplinaires qui maintiennent Israël, l’antisémitisme et les relations entre chrétiens et juifs au cœur du débat institutionnel tout au long de l’année, plutôt que d’en faire un sujet confiné à un seul module de cours. L’ICEJ USA a aidé plusieurs universités à lancer des centres de ce type et peut servir de ressource aux établissements envisageant de franchir ce pas.

Conclusion

La crise actuelle de la culture biblique constitue en effet un défi déterminant pour l’enseignement supérieur évangélique d’aujourd’hui. En même temps, elle offre une formidable opportunité de riposter en rétablissant une théologie biblique globale, en redonnant confiance dans les Écritures et en plaçant l’étude d’Israël et du peuple juif au cœur de la formation théologique des étudiants. Cela permettra de mieux préparer les diplômés à servir l’Église dans un monde de plus en plus complexe et à savoir y trouver leur chemin.

La tâche qui attend les universités et les séminaires chrétiens ne consiste pas simplement à réorganiser quelques cours dans un programme d’études : elle exige un renouveau théologique total. Lorsque les établissements replacent le récit unifié de la Bible au cœur de l’enseignement théologique, ils forment un autre type de diplômé : celui qui lit la Bible fidèlement, la proclame avec assurance, comprend son contexte historique, apprécie l’importance durable d’Israël au sein des desseins rédempteurs de Dieu, et exerce son ministère avec une rigueur intellectuelle et une profonde conviction biblique. Cette réforme éducative formera également des pasteurs, des universitaires et des responsables chrétiens qui s’engagent envers Israël et le peuple juif avec clarté théologique et intégrité morale.

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