Le gouvernement israélien lance une offensive législative de dernière minute à l'approche des prochaines élections
Ce projet de loi comprend plusieurs mesures très controversées concernant la conscription au sein des Forces de défense israéliennes (FDI) et les réformes judiciaires
Le gouvernement israélien a lancé cette semaine une vaste offensive législative visant à faire adopter à la hâte plusieurs projets de loi avant la dissolution prévue de la Knesset le 17 juillet, qui mettra fin à la plupart des activités législatives en attendant les nouvelles élections, actuellement toujours prévues pour le 27 octobre.
Parmi ces projets de loi figuraient plusieurs textes très controversés, dont certains faisaient partie des plans initiaux de réforme judiciaire du gouvernement, et d’autres qui feraient partie d’un accord entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les partis ultra-orthodoxes, lesquels ont accepté de soutenir la nouvelle législation de la coalition en échange de lois limitant les arrestations des réfractaires à la conscription.
Le projet de loi sans doute le plus controversé a été adopté lundi soir : une loi instituant une commission d’enquête nommée à des fins politiques chargée d’examiner les défaillances liées à l’invasion et au massacre perpétrés par le Hamas le 7 octobre, plutôt que la traditionnelle commission d’enquête d’État.
L’opposition s’est engagée à boycotter cette législation et à ne pas participer à la sélection des membres de la commission, ce qui signifie que celle-ci ne serait probablement composée que de candidats de la coalition. Toutefois, selon Ynet News, il est peu probable que la loi passe les deuxième et troisième lectures avant les élections.
Un autre projet de loi, qui devait constituer un élément clé de la lutte menée par le gouvernement pour affaiblir le système judiciaire, n’a été approuvé que partiellement. Ce projet visait à scinder en deux la fonction de procureur général : d’une part, le conseiller juridique du gouvernement et, d’autre part, le procureur général.
Toutefois, faute de temps, le projet de loi n’a été approuvé que partiellement et permettra désormais au gouvernement de ne pas tenir compte des avis juridiques du procureur général, de choisir de faire appel à ses propres représentants juridiques devant la Cour suprême et de mettre en place un mécanisme de contrôle à l’égard du procureur général.
Le gouvernement n’a cessé de critiquer la procureure générale pour s’être opposée à ses politiques et l’a accusée de tenter délibérément d’entraver ses activités législatives en recourant à ses avis juridiques contraignants. La version édulcorée du projet de loi devrait être définitivement adoptée la semaine prochaine.
Le prochain projet de loi est l’initiative tant vantée du ministre des Communications, Shlomo Karhi, visant à déréglementer le marché de la télévision, bien que ses détracteurs aient fait valoir qu’il conférerait au gouvernement davantage de pouvoir sur ce secteur.
Ce projet de loi réduirait considérablement la réglementation applicable aux nouvelles chaînes d’information télévisées, supprimerait les séparations légalement requises entre les propriétaires de chaînes de télévision et leurs divisions d’information, et créerait une application gérée par le gouvernement permettant aux citoyens d’accéder gratuitement aux chaînes d’information.
La députée du Likoud, Galit Distel-Atbaryan, a fait valoir que cette loi offrirait un plus grand choix aux Israéliens et que « les consommateurs ressentiraient immédiatement les effets de la baisse des prix ».
Toutefois, il n’est pas certain que la loi soit adoptée face à l’opposition des partis ultra-orthodoxes, qui critiquent le fait que la nouvelle application fonctionnerait le shabbat et contiendrait des contenus qu’ils jugent problématiques sur le plan religieux.
Une autre série de projets de loi a été présentée par les partis haredim, notamment le « projet de loi sur l’étude de la Torah », qui a suscité des condamnations pour avoir inclus des dispositions assimilant explicitement l’étude de la Torah au service militaire, bien qu’il ait été assoupli suite aux vives critiques émanant de la coalition.
Des experts juridiques se sont interrogés sur l’efficacité de ces nouvelles dispositions pour avoir des conséquences juridiques concrètes, même si les partis haredim espèrent qu’elles pourraient renforcer à l’avenir les arguments juridiques en faveur des exemptions du service militaire pour les étudiants des yeshivot. Il devrait être adopté la semaine prochaine.
Enfin, les partis haredim souhaitent faire avancer une proposition visant à réglementer le statut juridique des étudiants de yeshiva à temps plein, c’est-à-dire ceux pour qui « l’étude de la Torah est leur profession », et à suspendre leur arrestation pour insoumission au service militaire.
L’avancement de ce projet de loi et son adoption définitive sont considérés comme incertains avant les élections.