L'alliance entre Israël et la Jordanie sous pression alors que le conflit autour de l'eau s'aggrave
Israël et la Jordanie sont en désaccord au sujet d’un accord de partage de l’eau en vigueur depuis longtemps, Jérusalem ayant fait savoir qu’elle comptait réduire ses exportations d’eau vers son voisin oriental à moins d’une amélioration des relations diplomatiques – un différend qui met à rude épreuve l’un des partenariats régionaux les plus importants d’Israël.
Le désaccord porte sur un accord de 2021 en vertu duquel Israël a doublé la quantité d’eau qu’il fournit à la Jordanie, la faisant passer de 50 millions à 100 millions de mètres cubes par an.
Les responsables israéliens affirment désormais vouloir revenir au volume initial, tandis que la Jordanie fait pression sur Israël pour qu’il maintienne ce volume accru et conditionne toute amélioration des relations bilatérales au rétablissement de cet accord.
Ce différend survient malgré des décennies de coopération stratégique entre les deux pays. Israël et la Jordanie entretenaient des contacts discrets avant même la création d’Israël en 1948 et ont officialisé leurs relations par un traité de paix négocié par les États-Unis en 1994, qui prévoyait notamment l’engagement d’Israël à fournir à la Jordanie 50 millions de mètres cubes d’eau douce chaque année.
Les responsables israéliens affirment que les prolongations de l’accord de 2021 étaient subordonnées à la prise de mesures par la Jordanie pour mettre un frein à la rhétorique anti-israélienne et rétablir pleinement les relations diplomatiques avec Jérusalem, qui ont été réduites depuis le début de la guerre « Épées de fer ».
Le roi Abdallah de Jordanie aurait clairement indiqué que toute amélioration des relations – y compris une rencontre publique avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou – dépendait de la poursuite par Israël de la fourniture intégrale des 100 millions de mètres cubes par an.
Selon Ynet, la Jordanie s’est attiré la bienveillance d’Israël en participant aux efforts conjoints visant à intercepter les drones iraniens lancés en direction d’Israël lors des récents épisodes de conflit.
Le ministre de l’Énergie, Eli Cohen, a pris en compte cette coopération, ainsi que les pressions exercées par les États-Unis, lorsqu’il a approuvé des prolongations de six mois de l’accord élargi sur l’eau, jusqu’à la fin de l’année 2025.
Dans le même temps, le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, s’est révélé l’un des détracteurs régionaux les plus virulents d’Israël, ce qui a incité certains responsables israéliens à estimer que Jérusalem devrait adopter une position plus ferme.
Cette question pourrait devenir un thème central lors d’un éventuel sommet régional organisé plus tard cette année par les Émirats arabes unis. Des responsables israéliens ont manifesté leur intérêt à y participer et ont laissé entendre que la coopération avec la Jordanie en matière d’eau pourrait occuper une place prépondérante dans les discussions.
« La Jordanie a besoin d’eau, mais quand on aide ses voisins, on s’attend à ce que les relations s’améliorent », a déclaré un responsable israélien à Ynet. « S’il y a une réunion, tout sera sur la table : la normalisation, l’eau et le renforcement des liens bilatéraux. »
Les préoccupations nationales influencent également la position d’Israël. De nombreux Israéliens se sont alarmés après que les autorités ont annoncé que les niveaux de précipitations à la fin de l’année 2025 étaient les plus bas enregistrés depuis un siècle.
Bien qu’Israël complète son approvisionnement naturel en eau grâce au dessalement, certains décideurs politiques estiment que les conditions actuelles rendent de plus en plus difficile de justifier l’exportation d’eau supplémentaire.
Dans le même temps, les responsables israéliens continuent de discuter de solutions à plus long terme qui pourraient profiter aux deux pays.
L’une des propositions consisterait à construire une usine de dessalement supplémentaire sur la mer Rouge pour approvisionner en eau Israël et la Jordanie, tandis qu’une autre envisage un vaste projet d’énergie solaire dans le désert jordanien afin de fournir de l’électricité aux deux pays.
Ces deux initiatives devraient bénéficier d’un financement des Émirats arabes unis, avec le soutien diplomatique des États-Unis.
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