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ANALYSE

Iran et Jordanie – Représentations symboliques comparatives en période de troubles

 
Des partisans des Frères musulmans brandissent des drapeaux jordaniens et scandent des slogans lors d'une manifestation pro-palestinienne après la prière du vendredi à Amman, en Jordanie, le 13 avril 2018. (Photo : Muhammad Hamed/Reuters)

On dit souvent que la raison d'être des régimes autocratiques est le pouvoir, celle des démocraties, la justice sociale, et celle des monarchies, le prestige et l'autorité symbolique. Lorsque le pilier fondamental qui soutient un système politique commence à s'éroder, le régime lui-même entre dans une période de vulnérabilité existentielle. Cette observation, selon moi, s'applique également aux systèmes théocratiques.

L'une des caractéristiques les plus frappantes des manifestations qui ont éclaté en Iran est le ciblage délibéré des symboles du régime. Les manifestants ont dégradé des portraits de hauts dignitaires religieux, attaqué des mosquées et même profané le drapeau national. La question de savoir si ces actions étaient spontanées ou stratégiquement coordonnées dépasse le cadre de cet article. Ce qui est néanmoins évident, c'est que, s'appuyant sur le souvenir des soulèvements précédents qui ont échoué, les manifestants semblent avoir intuitivement compris une vulnérabilité centrale de la République islamique : tout comme la monarchie Pahlavi renversée, le régime actuel s'appuie fortement sur la représentation symbolique pour reproduire son autorité au sein de l'ordre social.

Dans les monarchies comme dans les théocraties, c'est l'orthopraxie plutôt que l'orthodoxie – la performance pragmatique plutôt que la pureté idéologique – qui, en fin de compte, sous-tend la survie du régime dans les moments de contestation massive. Confrontés à la colère du public, ces systèmes privilégient souvent les gestes symboliques à la cohérence doctrinale. Par conséquent, les actes perçus comme de l'arrogance ou des excès de la part des forces de sécurité ont tendance à provoquer une contre-réaction symbolique de la part des manifestants, qui ciblent délibérément les emblèmes nationaux et religieux mêmes à travers lesquels le régime cherche à projeter sa légitimité.

L'expérience théocratique de l'Iran invite à la comparaison avec la manière dont un système monarchique gère la dissidence, notamment dans le cas de la Jordanie. En tant que monarchie centenaire, la Jordanie a développé un répertoire distinctif de politique symbolique pendant les périodes de troubles. Sous le défunt roi Hussein (1935-1999), la monarchie s'appuyait fréquemment sur le charisme personnel du roi et ses liens avec les tribus de la rive orientale du Jourdain – qui constituaient alors l'épine dorsale du régime – pour désamorcer les crises politiques ou économiques. Cependant, dans les monarchies relativement stables, la représentation symbolique n'est pas seulement un instrument descendant déployé par le souverain ; elle peut également fonctionner de manière latérale, voire ascendante, notamment à travers le comportement des agents de l'État chargés de gérer les manifestations.

Un exemple révélateur, souvent cité dans la littérature scientifique et exceptionnel dans le contexte moyen-oriental, s'est produit en janvier 1997. À cette époque, un groupe hétérogène de Jordaniens s'était rassemblé à l'extérieur d'Amman pour protester contre l'ouverture du premier salon commercial israélien organisé en Jordanie, une initiative liée aux dispositions de normalisation économique du traité de paix israélo-jordanien de 1994. Anticipant d'importantes manifestations, les autorités ont déployé des unités de l'armée et des forces anti-émeutes pour sécuriser l'événement.

Bien que la manifestation soit restée largement non violente, elle a donné lieu à une interaction symbolique inattendue. Selon des récits universitaires contemporains, les forces anti-émeutes ont à un moment donné commencé à chanter et à interpréter des slogans tribaux traditionnels improvisés. Cette action n'était pas une tentative de légèreté ou d'apaisement de la foule. Elle a plutôt été une réponse aux accusations des manifestants selon lesquelles les forces de sécurité – et par extension l'État – faisaient preuve d'une plus grande loyauté envers Israël qu'envers la Jordanie elle-même. En invoquant les traditions musicales tribales étroitement associées à l'identité de la rive orientale et à l'État hachémite, la police anti-émeute affirmait symboliquement sa propre « authenticité » jordanienne.

Loin d'apaiser les tensions, cet acte performatif a mis en évidence les failles profondes de l'identité nationale jordanienne, en particulier le fossé qui sépare depuis longtemps les citoyens originaires de la rive orientale et ceux d'origine palestinienne. Cet épisode illustre comment la performance symbolique peut servir de langage politique contesté à travers lequel les agents de l'État et les manifestants négocient l'appartenance, la loyauté et la légitimité. En ce sens, la police anti-émeute ne se contentait pas de faire respecter l'ordre, mais participait activement à une lutte symbolique sur la signification même de la nation.

L'Iran et la Jordanie sont donc deux exemples de régimes – l'un théocratique, l'autre monarchique – qui s'appuient fortement sur les symboles et le prestige pour générer le consentement et le contrôle social. Pourtant, leurs trajectoires divergent fortement. Le régime iranien a jusqu'à présent eu du mal à recalibrer ses outils symboliques et politiques en réponse aux demandes persistantes de réformes substantielles. La Jordanie, en revanche, a démontré – bien qu'imparfaitement – que la représentation symbolique, lorsqu'elle est déployée de manière non violente et culturellement significative, peut parfois se substituer à la coercition et contribuer à préserver la stabilité du régime.

En bref, la politique symbolique reste un instrument à double tranchant : capable de renforcer l'autorité, mais aussi de révéler les fractures mêmes qui la menacent.

Cet article a été initialement publié sur ALL ARAB NEWS et est republié avec autorisation.

Philip Madanat (PhD) is a Jordanian researcher and analyst with an academic background spanning Israel, Jordan, Japan, and Spain. He earned his Ph.D. from Universitat Oberta de Catalunya, where his doctoral research focused on the influence of Friday sermons in shaping public opinion in Jordan. His work has provided deep insights into Islamic movements in Jordan and Syria and has informed efforts to facilitate the release of Christian hostages from Syria and Europe. Philip has published on media accountability in peer-reviewed journals and contributed to international studies on media, migration, and conflict. He has been commissioned by both Arab and European intelligence agencies to conduct research on security dynamics in volatile regions of the Levant. Philip fluently speaks Arabic, English, and Spanish.

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