Le pari du président Aoun à la Maison Blanche : convaincre Trump que le Liban est capable de contrôler le Hezbollah
Le président libanais Joseph Aoun ne se rend pas à la Maison Blanche cette semaine simplement pour une énième rencontre diplomatique. Il vient pour ce qui pourrait bien être la plus grande opportunité que le Liban ait eue depuis des années.
Cela promet d’être intéressant.
Lorsque Aoun s’entretiendra avec le président Donald Trump mardi, il cherchera à obtenir ce qu’aucun dirigeant libanais n’a réussi à obtenir depuis des décennies : une voie vers le retrait israélien du Sud-Liban.
Bien sûr, pour y parvenir, Aoun devra tenir ses engagements – ce qui signifie trouver le moyen de faire reculer, puis de neutraliser définitivement le Hezbollah, le groupe terroriste soutenu par l’Iran qui opère dans le sud de son pays.
L’administration Trump a clairement indiqué que l’avenir du Liban dépend avant tout d’une question : celle de savoir si c’est le gouvernement libanais – et non le Hezbollah – qui contrôle en fin de compte le pays.
C’est dans ce contexte que s’est inscrite la rencontre entre le secrétaire d’État Marco Rubio et Aoun, en amont de la visite prévue mardi à la Maison Blanche.
« L’avenir du Liban, la meilleure chose qui puisse arriver au Liban, c’est d’avoir un gouvernement, un gouvernement légitime, son gouvernement, qui contrôle le pays », a déclaré Rubio.
« Le plus grand problème du Liban, c’est qu’il existe un mouvement politique disposant également d’une milice armée qui n’est pas seulement bien armée, entraînée, équipée et financée par l’Iran, mais qui utilise ces moyens pour mener des actions terroristes, en particulier contre le nord d’Israël. Et tant que ce problème existera, le Liban ne connaîtra jamais pleinement la paix. »
Les commentaires de M. Rubio ont essentiellement exposé la feuille de route de l’administration Trump avant la rencontre cruciale entre les deux chefs d’État.
Présentons donc la situation de manière très claire. Washington est prêt à soutenir l’État libanais, mais l’administration a également clairement indiqué qu’elle n’avait plus l’intention d’accepter une force militaire parallèle soutenue par l’Iran opérant à l’intérieur du Liban.
À cette fin, l’administration met fortement l’accent sur le renforcement des Forces armées libanaises tout en affaiblissant l’emprise du Hezbollah sur le sud du Liban.
« Alors, comment vaincre le Hezbollah ? Comment le remplacer ? », a demandé Rubio.
« Il faut le vaincre et le remplacer par un gouvernement suffisamment fort pour être la seule force armée du pays, en confiant essentiellement la sécurité du Liban aux Forces armées libanaises, et par un gouvernement capable d’assurer la prospérité de ses citoyens. »
Ces propos aident également à expliquer pourquoi la visite d’Aoun intervient à un moment aussi décisif.
À l’heure où nous parlons, les États-Unis ont déjà commencé à mettre en œuvre un nouvel accord de sécurité appelé « zones pilotes », dans lesquelles les forces israéliennes entament leur retrait de certains villages tandis que l’armée libanaise assume la responsabilité exclusive de la sécurité et que le Hezbollah est censé rester à l’écart. Reste à voir si le Hezbollah s’y conformera réellement.
Ces nouvelles mesures constituent essentiellement un test visant à déterminer si le gouvernement libanais est capable d’imposer son autorité sur un territoire longtemps dominé par le Hezbollah.
Quant au moment choisi pour cette rencontre, il semble favorable à Aoun. Trump a démontré à maintes reprises qu’il jouissait d’une influence considérable auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Trump a souvent mis en avant cet aspect de leur relation.
De plus, Israël fait face à des critiques internationales croissantes concernant les conflits régionaux en cours. S’il y a jamais eu un moment propice pour que le Liban obtienne un accord plus large impliquant des retraits israéliens, une aide à la reconstruction et un regain d’investissements, c’est peut-être celui-ci.
La bonne nouvelle, c’est donc que Trump peut influencer Israël. La mauvaise nouvelle, c’est que Trump ne peut pas désarmer le Hezbollah. Seul le Liban peut le faire. La Maison Blanche observera si Aoun est capable de montrer la voie.
Le président libanais s’est forgé une réputation non pas en s’opposant de front au Hezbollah, mais en s’efforçant prudemment de renforcer l’État libanais sans replonger le pays dans la guerre civile. En substance, il a tenté de trouver le juste équilibre.
Au cours de ses huit années à la tête des Forces armées libanaises, il a évité à l’armée tout affrontement direct avec le Hezbollah, estimant que la mission première de l’armée était de préserver la stabilité interne, même si ce groupe opérait comme une puissante force armée aux côtés de l’État.
Depuis son accession à la présidence en 2025, cependant, Aoun a adopté une position publique plus ferme, ce qui n’a pas été du goût du Hezbollah. Il a déclaré à plusieurs reprises que seul l’État libanais devait posséder des armes, tout en insistant sur le fait que le désarmement du Hezbollah devait passer par le dialogue et une intégration progressive plutôt que par la force.
Sa stratégie lui a valu la confiance de Washington et de nombreux Libanais qui le considèrent comme un réformateur pragmatique, mais le Hezbollah reste sur ses gardes, voyant d’un œil méfiant son rapprochement avec les États-Unis.
Pour l’instant, toutefois, le Hezbollah n’est pas au centre des préoccupations. Pour le président libanais, l’accent sera clairement mis sur le président Trump et sur la nécessité de convaincre le dirigeant du monde libre qu’il est capable de mener à bien sa mission. Si l’on en croit les déclarations publiques de Trump, Aoun devra faire preuve de progrès concrets – et non se contenter de promesses.