Les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite font pression sur les États-Unis pour qu'ils aillent « jusqu'au bout » contre le régime iranien, face à ce qu'ils perçoivent comme un manque de soutien arabe
Les Émiratis et les Saoudiens s'opposent à une fin négociée de la guerre et souhaitent la destruction du régime
L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis auraient, en coulisses, poussé les États-Unis à « porter un coup fatal » au régime iranien, et aujourd'hui, les Émirats le font de manière de plus en plus ouverte.
L'ambassadeur des Émirats aux États-Unis, Yousef Al Otaiba, a écrit dans une tribune du Wall Street Journal : « Les trois semaines et demie de guerre qui viennent de s'écouler ont confirmé ce que nous savons depuis près de 50 ans : la révolution iranienne est une menace pour la sécurité mondiale et la stabilité économique. »
Situés de l’autre côté du golfe, face à la côte sud de l’Iran, les Émirats arabes unis ont subi le plus gros des attaques iraniennes, bien plus encore qu’Israël. Otaiba a fait valoir que l’hostilité extrême manifestée par le régime, alors même que les Émirats arabes unis ont tenté d’éviter la guerre par la voie diplomatique, s’explique par le fait que « les Émirats arabes unis représentent le défi que l’Iran ne peut pas gagner, l’idée qu’il ne peut pas accepter ».
Notamment, Otaiba s’est prononcé contre un « simple » cessez-le-feu mais a exigé « un résultat définitif qui réponde à l’ensemble des menaces iraniennes : capacités nucléaires, missiles, drones, mandataires terroristes et blocages des voies maritimes internationales », ce qui, en effet, témoigne d’un soutien total à la position d’Israël.
« Nous ne pouvons pas laisser l’Iran prendre en otage les États-Unis, les Émirats arabes unis et l’économie mondiale… Nous voulons que l’Iran soit un voisin normal. Il peut être reclus et même peu accueillant, mais il ne peut pas attaquer ses voisins, bloquer les eaux internationales ou exporter l’extrémisme. Construire une barrière autour du problème et espérer qu’il disparaisse n’est pas la solution. Cela ne ferait que repousser la prochaine crise », a écrit Otaiba.
Sa chronique met en lumière une opinion qui semble s’imposer dans tout le Golfe. Selon Reuters, plusieurs États de la région ont déclaré mercredi au Conseil des droits de l’homme de l’ONU que les attaques iraniennes à la roquette et au drone constituaient une « menace existentielle » pour eux, les représentants émiratis et koweïtiens accusant le régime de chercher à déstabiliser l’ordre international.
Le Wall Street Journal a également rapporté que les dirigeants des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, en particulier, craignent qu’un cessez-le-feu laissant le régime en place ne lui confère un poids régional significatif après la guerre, lui permettant de brandir au-dessus de leurs têtes la menace de nouvelles attaques contre des sites énergétiques et de la fermeture du détroit d’Ormuz.
Les Émirats arabes unis ont également dirigé leur colère contre la Ligue arabe et d’autres États qui, selon eux, n’ont pas apporté un soutien suffisant. Anwar Gargash, conseiller du président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, a vivement critiqué les pays et institutions arabes dans plusieurs publications sur 𝕏 cette semaine, avertissant que ce manque de soutien pousse les États du Golfe à se rapprocher des États-Unis.
« Où sont les institutions arabes et islamiques communes, au premier rang desquelles la Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique, alors que nos pays et nos peuples sont soumis à cette agression iranienne perfide ? Et où sont les « grands » pays arabes et régionaux ? », a écrit Gargash.
« Face à cette absence et à cette impuissance, il est inacceptable de parler ensuite du déclin du rôle arabe et islamique ou de critiquer la présence américaine et occidentale », a-t-il ajouté.
Dans un autre message, il a souligné : « Les Émirats ont prouvé leur capacité à affronter et à résister, et ils n’ont pas tant besoin d’équipements et de troupes que de clarté dans leurs positions et de savoir sur qui compter en cas de difficulté. »
Plusieurs rapports publiés ces derniers jours suggèrent également que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite hésitent encore à se joindre à l’opération militaire contre l’Iran avec leurs propres troupes, tandis que le prince héritier Mohammed ben Salmane aurait poussé le président Trump à poursuivre la guerre contre l’Iran.
Des personnes informées par des responsables américains au sujet de ces conversations ont déclaré au New York Times qu’il existait une « opportunité historique » de refaçonner le Moyen-Orient, et que les États-Unis devraient continuer à viser la destruction du régime, plutôt que de s’orienter vers des négociations.
Cependant, contrairement à son « petit frère » les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite continue de prôner pleinement une solution pacifique dans ses déclarations publiques.
Le gouvernement saoudien a répondu à l’article du NYT : « L’Arabie saoudite a toujours soutenu une résolution pacifique de ce conflit, avant même qu’il ne commence », tout en précisant : « notre principale préoccupation aujourd’hui est de nous défendre contre les attaques quotidiennes visant notre population et nos infrastructures civiles ».
Parmi les autres pays de la région qui n’ont émis que des déclarations tièdes figure la Jordanie, qui, mercredi, s’est jointe aux Émirats arabes unis, à l’Arabie saoudite, à Bahreïn, au Qatar et au Koweït dans une nouvelle déclaration condamnant les agressions « flagrantes » de l’Iran, qui soulignait également le « droit plein et inhérent à la légitime défense » de ces pays.
Cependant, malgré les fréquentes attaques contre des bases militaires sur le territoire jordanien ainsi que les retombées des frappes de missiles destinées à Israël, le ministre des Affaires étrangères du Royaume saoudien, Ayman Safadi, a déclaré cette semaine que la Jordanie n’était pas partie au conflit régional en cours.
Il a souligné qu’aucune attaque contre l’Iran n’avait été lancée depuis le territoire jordanien, précisant que la Jordanie avait officiellement fait savoir à l’Iran la nécessité de cesser toute attaque visant le territoire du royaume. « Nous ne sommes pas partie prenante dans ce conflit, et la guerre n’a pas commencé de notre côté », a-t-il déclaré.
Safadi a également souligné que, contrairement à plusieurs pays du Golfe et au Liban, Amman n’avait pas expulsé l’ambassadeur iranien.
L’Égypte est un autre pays important qui est resté en retrait.
« Les gouvernements du Golfe s’attendaient à davantage de condamnations de l’Iran en tant qu’agresseur. Il a fallu cinq jours à [l’Égypte] pour dire un mot. La Ligue arabe ne s’est pas réunie ; elle organise habituellement des sommets d’urgence et n’en a pas convoqué. Les ministres des Affaires étrangères se sont réunis sur Zoom et ont publié une déclaration qui ne valait pas un clou », a récemment déclaré Hussain Abdul-Hussain, chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, au Jewish Insider.
Pire encore, les médias en Égypte et en Algérie affichent « leur joie […] de voir Israël se faire pilonner », a ajouté Abdul-Hussain.
« Ils se réjouissent de ce que fait l’Iran et personne ne semble vraiment se soucier des États du Golfe. Le Golfe a essuyé 84 % des missiles [iraniens], contre 16 % pour Israël, et ils ne peuvent toujours pas dire clairement que l’Iran est un problème ? »
Cet article a initialement été publié sur ALL ARAB NEWS et est republié avec autorisation.