Pourquoi l'existence d'Israël constitue une crise théologique pour l'islam fondamentaliste
En fin de compte, ce conflit ne porte pas sur les frontières, mais sur la souveraineté juive, Jérusalem et l'avenir de l'histoire.
Israël pose à l’islam fondamentaliste militant un problème qu’aucune modification des frontières ne saurait résoudre définitivement.
On peut diviser un territoire. On peut négocier des accords de sécurité. On peut, du moins en théorie, trouver un compromis entre des revendications nationales concurrentes. Mais Israël représente quelque chose qui dépasse le simple territoire. Il incarne le rétablissement de la souveraineté du peuple juif sur sa terre ancestrale, la renaissance de Jérusalem en tant que capitale d’une communauté juive, et la réapparition de l’histoire biblique dans le monde moderne.
Pour les mouvements islamiques qui conçoivent l'histoire comme le triomphe progressif de l'islam, ce rétablissement n'est pas seulement un revers politique. C'est une contradiction théologique.
Le problème n'a jamais été simplement que des Juifs vivaient au Moyen-Orient. Des Juifs ont vécu dans tout le monde islamique pendant des siècles. Le problème plus profond est que les Juifs sont devenus souverains. Ils détiennent le pouvoir politique, commandent des armées, gouvernent des musulmans et exercent leur autorité à Jérusalem. Un peuple autrefois soumis à la domination musulmane a établi un État indépendant sur un territoire autrefois gouverné par des empires islamiques successifs.
Israël représente donc un défi théologique unique. La pensée islamique fondamentaliste voit dans l’État juif un peuple mécréant dont la restauration nationale promeut une vision de l’histoire totalement différente.
Les mouvements fondamentalistes insistent sur le fait que les sources faisant autorité de l’islam doivent régir la vie politique et que les revendications islamiques sur la terre, la souveraineté et les lieux sacrés ne peuvent être abandonnées de manière définitive. Ces mouvements s’adressent à un électorat potentiel comptant des centaines de millions de personnes.
À toutes fins pratiques, par conséquent, le conflit ne peut être compris sans examiner la guerre que l’islam estime mener contre Israël.
Le renversement de l’ordre des dhimmis
Sous la domination islamique, les Juifs étaient classés comme dhimmis. Bien que ce terme soit couramment traduit par « peuple protégé », cette protection s’inscrivait dans un système de subordination imposée par la loi. Les Juifs étaient autorisés à survivre en tant que communauté religieuse à condition d’accepter la suprématie musulmane, de payer la jizya et de se soumettre à des restrictions qui les distinguaient des musulmans et marquaient leur position inférieure.
La sévérité de ces restrictions variait selon les souverains et les époques, mais la hiérarchie elle-même demeurait. Les Juifs pouvaient vivre sous l’autorité islamique ; ils n’étaient pas censés exercer une autorité sur les musulmans. Ils pouvaient être tolérés en tant que communauté religieuse subordonnée ; ils n’étaient pas censés devenir une puissance politique et militaire indépendante.
Le sionisme a renversé cet ordre.
La création d’Israël n’a pas simplement ramené les Juifs au Moyen-Orient. Elle les a ramenés en tant que dirigeants. Les anciens dhimmi sont devenus souverains. Les Juifs ont commandé des armées, gouverné des musulmans, vaincu les puissances islamiques environnantes et, finalement, pris le contrôle politique de Jérusalem.
Pour la pensée islamique fondamentaliste, ce renversement représente plus qu’une simple perte militaire ou territoriale. Il s’agit d’une inversion de la hiérarchie établie par Dieu. Le problème n’est pas avant tout la présence des Juifs. Le problème, c’est le pouvoir juif : des Juifs qui se gouvernent eux-mêmes, des Juifs qui dirigent les musulmans et des Juifs qui exercent leur souveraineté sur un territoire qui était entré dans le monde islamique.
Israël porte donc une atteinte unique à cet ordre théologique. Il ne se contente pas d’exister en dehors de l’autorité islamique. Son existence renverse publiquement l’ordre islamique.
L’humiliation liée aux défaites répétées joue également un rôle. L’islam se présente non seulement comme une religion parmi d’autres, mais comme la révélation finale d’Allah — la vraie foi destinée à prévaloir. Comment, alors, un monde musulman de près de deux milliards de personnes, disposant de vastes territoires, d’armées, de richesses et de ressources naturelles, peut-il échouer à maintes reprises à vaincre une petite nation juive ? Plus fondamentalement, comment les détenteurs de la vraie foi peuvent-ils être vaincus par un peuple dont l’islam prétend avoir supplanté la révélation antérieure ?
La survie d’Israël devient donc une accusation théologique. Si l’islam détient la vérité ultime et la sanction d’Allah, pourquoi la souveraineté juive survit-elle, se renforce-t-elle et bat-elle à maintes reprises ceux qui cherchent à la détruire ? Chaque victoire israélienne accentue la contradiction entre le triomphe attendu de l’islam et le cours observable de l’histoire.
L’État juif semble proclamer une autre fin à l’histoire — une fin dans laquelle la restauration juive, Jérusalem et les promesses de la Bible hébraïque ne conduisent pas vers un califat restauré, mais vers l’avènement du royaume messianique.
Haj Amin al-Husseini et la défense d’Al-Aqsa
Cette dimension théologique était déjà perceptible avant la création d’Israël.
Haj Amin al-Husseini, nommé grand mufti de Jérusalem sous le mandat britannique en 1921, comprenait le pouvoir mobilisateur des lieux saints islamiques de Jérusalem. Il a contribué à transformer un conflit portant sur des aspirations nationales, l’immigration juive et la question territoriale en une lutte pour la défense de l’islam lui-même.
Au cœur de sa campagne se trouvait l’accusation selon laquelle les Juifs avaient l’intention de s’emparer du Mont du Temple, de détruire ou de déplacer la mosquée al-Aqsa et de reconstruire leur Temple. L’attachement des Juifs au Mur occidental pouvait ainsi être présenté non pas comme une prière sur le lieu le plus sacré du judaïsme accessible au public, mais comme la preuve d’un complot contre l’islam.
Les tensions autour du Mur occidental se sont intensifiées au cours des années 1920. En août 1929, des rumeurs selon lesquelles les Juifs avaient l’intention de s’emparer des sanctuaires islamiques ont contribué à déclencher des violences dans toute la Palestine sous mandat. À Hébron, une ancienne communauté juive a été attaquée. Soixante-sept Juifs ont été assassinés, des maisons et des synagogues ont été pillées, et la communauté survivante a été chassée de la ville.
L’accusation selon laquelle « al-Aqsa est en danger » a transformé l’angoisse politique en urgence religieuse. Une fois la lutte sacralisée, la violence contre les Juifs pouvait être interprétée comme la défense de l’islam.
Cette formule a perduré pendant près d’un siècle. Le 7 octobre 2023, le Hamas a envahi Israël, assassiné environ 1 200 personnes et enlevé 251 otages. Le Hamas a baptisé son opération « Déluge d’al-Aqsa ».
Ce nom inscrivait l’attaque dans le même récit théologique : le sanctuaire de l’islam était menacé, les Juifs en étaient responsables, et la violence musulmane constituait la réponse sacrée.
La fusion nazie
Haj Amin al-Husseini est également devenu un trait d’union important entre l’hostilité islamique envers la souveraineté juive et l’antisémitisme européen moderne.
Après avoir fui les territoires contrôlés par les Britanniques, il a fini par rejoindre l’Allemagne nazie. Il rencontra Adolf Hitler à Berlin en novembre 1941, soutint l’effort de guerre de l’Axe, participa à des émissions de propagande allemandes destinées aux publics arabes et musulmans, et encouragea les musulmans à combattre les Alliés et les Juifs.
Al-Husseini adhéra à l’Allemagne nazie car sa guerre contre les Juifs et la Grande-Bretagne rejoignait sa propre détermination à empêcher la création d’un foyer national juif en Palestine. Sa collaboration contribua à fusionner l’hostilité islamique traditionnelle avec l’antisémitisme racial européen et les théories du complot.
Les Juifs pouvaient désormais être présentés non seulement comme un peuple rejeté sur le plan religieux et subordonné, mais aussi comme les auteurs secrets du monde moderne : la force cachée derrière le capitalisme, le communisme, l’impérialisme et la domination occidentale.
Cette fusion a survécu à l’Allemagne nazie. Elle a fourni un langage grâce auquel la lutte locale contre la restauration juive pouvait s’inscrire dans une guerre mondiale contre un complot juif prétendument omniprésent.
Le Hamas et la prophétie de la fin des temps
Le Hamas est issu de la branche palestinienne des Frères musulmans pendant la première Intifada. Sa charte de 1988 ne décrivait pas la Palestine comme la simple patrie des Arabes palestiniens. Elle proclamait la Palestine waqf islamique — une dotation sacrée confiée à toutes les générations musulmanes jusqu’au Jour de la Résurrection. Aucun dirigeant, aucune organisation ni aucune génération ne possédait l’autorité de céder la moindre partie de ce territoire.
La charte envisageait que les juifs et les chrétiens ne puissent vivre en sécurité que sous la souveraineté islamique. La question ne portait donc pas sur la présence physique des juifs, mais sur l’indépendance des juifs vis-à-vis de l’islam et sur la souveraineté juive sur des terres revendiquées au nom de l’islam.
Le Hamas a ensuite inscrit le conflit dans un cadre explicitement eschatologique en citant une tradition attribuée à Mahomet :
« L’Heure ne viendra pas tant que les musulmans n’auront pas combattu les juifs, et que les musulmans ne les auront pas tués, jusqu’à ce que les juifs se cachent derrière une pierre ou un arbre, et qu’une pierre ou un arbre dise : “Musulman, ou serviteur d’Allah, il y a un juif derrière moi ; viens le tuer.” »
Cette interprétation n’a pas été imposée au Hamas par ses ennemis. Le Hamas a délibérément inséré cette prophétie dans le pacte fondateur de son mouvement.
Ce faisant, il a inscrit la guerre moderne contre Israël dans la succession des événements précédant l’Heure dernière. La destruction d’Israël n’était plus simplement un objectif national palestinien. Elle s’inscrivait désormais dans l’aboutissement attendu de l’histoire sacrée.
La prophétie identifie les combattants, décrit le conflit et en annonce l’issue. Les musulmans combattent les juifs. Les juifs tentent de se cacher. La création elle-même vient en aide aux musulmans en les démasquant. La victoire musulmane n’est pas présentée comme un résultat politique parmi d’autres, mais comme un événement vers lequel l’histoire s’oriente.
Le Hamas a ainsi transformé une tradition eschatologique en un programme révolutionnaire moderne. Ses combattants pouvaient se considérer non pas simplement comme des soldats se disputant un territoire, mais comme des participants à une lutte prédite par Mahomet.
En 2017, le Hamas a publié un document politiquement plus nuancé, déclarant que son conflit portait sur le « projet sioniste » plutôt que sur les juifs en raison de leur religion. Pourtant, ce document continuait de définir l’ensemble de la Palestine – du Jourdain à la mer Méditerranée – comme une terre indivisible, refusait de reconnaître la légitimité d’Israël et affirmait que la résistance armée était le moyen de la libération.
Le vocabulaire externe a changé. L’interdiction d’une souveraineté juive permanente, elle, n’a pas changé.
Khaybar, un modèle à suivre
L’évocation de Khaybar doit être comprise dans le cadre de cette même conception de l’histoire sacrée.
En 628, Mahomet et son armée attaquèrent et conquirent l’oasis juive de Khaybar. Les défenseurs juifs furent tués, l’indépendance politique de la communauté fut anéantie, et la population survivante fut placée sous domination musulmane et contrainte de céder une partie de ses récoltes. Les Juifs restants furent par la suite expulsés sous le calife Omar.
Pour les musulmans fondamentalistes, Khaybar n’est pas simplement un symbole pouvant être dissocié des événements eux-mêmes. Les actions de Mahomet constituent un précédent guidé par Dieu. Allah a orchestré les événements de la vie de Mahomet afin que les générations suivantes disposent d’un modèle à reconnaître et à suivre.
Khaybar fonctionne donc comme un microcosme historique du conflit moderne. La confrontation de Mahomet avec les tribus juives enseigne au combattant musulman comment il faut comprendre la nouvelle confrontation avec la puissance juive. Les Juifs se sont à nouveau rassemblés dans un territoire fortifié. Ils sont redevenus une puissance militaire et politique. L’armée de l’islam doit donc revenir, suivre le précédent prophétique et remporter la même victoire.
Tel est le sens de ce chant :
« Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l’armée de Mahomet reviendra. »
Ce chant ne dit pas que les Israéliens ne sont que des représentations symboliques des Juifs de l’Antiquité. Il annonce que l’histoire de Khaybar va se répéter. Les acteurs sont de retour, les circonstances se sont reproduites et le précédent laissé par Mahomet fournit le plan d’action.
La République islamique d’Iran a incarné cette idée dans l’une de ses armes. En 2022, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique a dévoilé un missile balistique à moyenne portée baptisé Kheibar Shekan — « Briseur de Khaybar » ou « Destructeur de Khaybar ». Cette arme peut atteindre Israël et porte le nom de la conquête par Mahomet de la forteresse juive.
Ce nom relie l’histoire sacrée du VIIe siècle à l’art de la guerre du XXIe siècle. Le missile lui-même exprime la conception qu’a l’Iran du conflit : Israël est la nouvelle forteresse juive, l’armée révolutionnaire islamique est l’armée de Mahomet de retour, et Khaybar fournit le modèle de sa défaite.
Ce qui a commencé comme un précédent sacré s’est transformé en doctrine révolutionnaire, puis s’est concrétisé sous la forme d’une arme.
La sourate al-Isra et le retour des Juifs
La sourate al-Isra, également appelée sourate Bani Isra’il, est devenue un autre élément important de l’interprétation islamique moderne d’Israël.
Les versets 4 à 8 décrivent deux occasions où les Enfants d’Israël ont semé la corruption et ont été punis par de puissants serviteurs envoyés contre eux :
« Vous sèmerez assurément la corruption sur terre à deux reprises, et vous atteindrez assurément un degré de grande arrogance. »
Lorsque le châtiment prévu survient, Allah envoie contre eux des serviteurs dotés d’une grande puissance militaire. Une fois que les Enfants d’Israël ont retrouvé leurs forces, ils retombent dans la corruption, et un nouveau jugement s’ensuit.
Les interprètes fondamentalistes appliquent ce passage à l’Israël contemporain. Selon cette lecture, le peuple juif s’est à nouveau rassemblé, a repris le pouvoir et s’est à nouveau livré à la corruption. Allah suscitera donc un autre peuple pour les punir.
La victoire militaire sur Israël cesse d’être une simple aspiration. Elle devient l’accomplissement attendu du jugement divin. Les combattants musulmans peuvent se considérer comme les serviteurs suscités par Allah pour entrer à Jérusalem et punir les Enfants d’Israël.
Cette interprétation crée un système théologique fermé. Le succès d’Israël est la preuve de l’arrogance et de la corruption juives. La violence contre Israël est l’instrument du jugement. Même les victoires israéliennes peuvent être interprétées comme des étapes temporaires précédant la destruction d’Israël, ordonnée par Dieu.
Un règlement négocié ne peut pas résoudre une vision du monde dans laquelle l’existence même d’Israël constitue une rébellion contre l’ordre légitime de l’histoire.
L’Iran et lefront révolutionnaire chiite
La République islamique d’Iran ajoute une dimension chiite et impériale distincte.
Le régime iranien combine l’ambition stratégique perse avec les doctrines révolutionnaires de 1979. Sa constitution établit une mission mondiale, engageant la République islamique à soutenir les mouvements islamiques et révolutionnaires au-delà des frontières de l’Iran. Par l’intermédiaire du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, Téhéran a tissé un réseau comprenant le Hezbollah, le Jihad islamique palestinien, le Hamas, les milices irakiennes et les Houthis.
L’Iran est perse et majoritairement chiite ; le Hamas est arabe et sunnite. Leurs différences sont subordonnées à une guerre commune contre Israël et l’ordre occidental qui le soutient.
La théologie chiite duodécimaine prévoit le retour de l’imam caché, le Mahdi, qui instaurera la justice divine à la fin des temps. La République islamique se présente comme l’État révolutionnaire ouvrant la voie à un avenir islamique, tandis qu’Israël est dépeint comme un « régime sioniste » illégitime voué à disparaître.
La stratégie iranienne, l’ambition impériale et l’eschatologie chiite se renforcent donc mutuellement. La destruction d’Israël ne serait pas simplement célébrée comme une victoire géopolitique. Elle serait proclamée comme la preuve que la Révolution islamique se trouve à l’avant-garde de l’histoire.
Le vocabulaire soviétique de l’antisionisme
Après la Seconde Guerre mondiale, une autre couche idéologique est venue s’ajouter.
Suite au ralliement d’Israël à l’Occident, et surtout après la guerre des Six Jours, l’Union soviétique a mené une vaste campagne de propagande antisioniste. Le sionisme était présenté comme du racisme, du fascisme, du colonialisme et un instrument de l’impérialisme américain. Les propagandistes soviétiques ont reformulé d’anciennes théories du complot antisémites dans le langage de la libération révolutionnaire.
D’après les témoignages d’anciens responsables des services de renseignement, les programmes de désinformation du KGB — notamment ce qui fut connu sous le nom d’« Opération SIG » — visaient à monter les mondes arabe et musulman contre Israël et les États-Unis. La campagne soviétique a contribué à transformer Israël, d’ennemi de l’islam, en ennemi de tout mouvement révolutionnaire s’opposant à la puissance occidentale.
L’islam fondamentaliste militant pouvait désormais s’exprimer en deux langages.
À ses fidèles, il parlait de djihad, de terre islamique, d’al-Aqsa, de Khaybar, de jugement divin et de l’Heure dernière. Au public occidental, il parlait de colonialisme, d’apartheid, de libération nationale et de résistance à l’impérialisme.
L’ancienne exigence selon laquelle les Juifs devaient rester sous la souveraineté islamique pouvait ainsi s’introduire dans les institutions occidentales sous le couvert d’une campagne laïque en faveur de la libération. L’objection théologique au pouvoir juif s’est traduite par l’exigence politique de démanteler l’État juif, considéré comme une forme d’existence nationale particulièrement illégitime.
Les vaches rousses et le déluge d’Al-Aqsa
La controverse autour d’un petit nombre de vaches rousses amenées en Israël depuis le Texas révèle à quel point la restauration biblique et l’angoisse islamique sont désormais intimement liées.
Dans la Bible hébraïque, les cendres d’une vache rousse sans défaut sont associées à la purification rituelle. Les militants juifs en faveur du Temple considèrent cette purification comme une préparation nécessaire au renouveau du culte au Temple.
En janvier 2024, le porte-parole militaire du Hamas, Abou Oubaida, a évoqué l’arrivée des vaches rousses en expliquant le contexte du « Déluge d’Al-Aqsa ». Il les a présentées comme faisant partie d’un projet religieux menaçant Al-Aqsa et l’ensemble de la nation musulmane.
La signification théologique est claire. Pour le Hamas, le renouveau juif ne s’arrête pas à l’immigration, à la création d’un État ou au contrôle politique de Jérusalem. Il pointe vers le Temple. Le Temple pointe vers le Messie. Le Messie pointe vers une conclusion de l’histoire dans laquelle Jérusalem devient le centre du Royaume messianique plutôt que la capitale reconquise d’un ordre islamique restauré.
C’est pourquoi le Mont du Temple reste le lieu le plus explosif du conflit. C’est le lieu physique où s’affrontent deux récits historiques incompatibles.
L’infidèle souverain qui retient le volcan
Israël n’est pas simplement un ennemi de plus de l’islam fondamentaliste militant. C’est l’ennemi dont la défaite pourrait être proclamée comme la justification de tout un système théologique.
Si Israël était anéanti, Jérusalem reconquise et la souveraineté juive abolie, cette victoire ne serait pas présentée comme la libération d’un petit territoire. Elle serait proclamée dans tout le monde musulman comme la preuve que l’islam a vaincu les Juifs, chassé l’Occident, récupéré son héritage sacré et repris le cours interrompu de l’histoire islamique.
Les répercussions s’étendraient bien au-delà d’Israël.
Un mouvement qui accomplirait ce que les armées arabes, les gouvernements révolutionnaires et les organisations djihadistes ont cherché à réaliser depuis des générations acquerrait une immense légitimité religieuse et politique. Il pourrait affirmer qu’Allah a agi à travers lui, que l’ère de la suprématie occidentale touchait à sa fin et que la reconquête du vaste empire islamique avait commencé.
Israël retient donc un volcan idéologique.
Son existence contredit l’affirmation selon laquelle la conquête islamique serait historiquement inévitable. Sa puissance militaire empêche le fondamentalisme militant de transformer la théologie en conquête. Sa possession de Jérusalem maintient en vie une lecture rivale de l’histoire — celle qui commence avec Abraham, se poursuit à travers les prophètes et la Bible hébraïque, et tend vers le Royaume messianique.
Derrière le discours sur le territoire se cache la question de la souveraineté. Derrière la souveraineté se cache la question de l’histoire sacrée. Derrière l’histoire sacrée se cache la question à laquelle ni la diplomatie ni la dissuasion militaire ne peuvent répondre :
À qui appartient Jérusalem — et quelle histoire définira la prochaine ère de l’histoire ?
Sources sélectionnées
Rapport de la Commission sur les troubles en Palestine d’août 1929, communément appelé « rapport de la Commission Shaw ».
Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis, « Hajj Amin al-Husayni : propagandiste en temps de guerre ».
Charte du Mouvement de la résistance islamique, 1988.
Hamas, Document sur les principes généraux et les politiques, 2017.
Sahih Muslim, Livre des tribulations et des signes de la fin des temps, hadith 2922.
Coran 17:4–8, sourate al-Isra ou sourate Bani Isra’il.
Norman A. Stillman, Les Juifs des pays arabes : une histoire et un recueil de sources.
Bernard Lewis, Les Juifs de l’Islam.
Shaul Bartal, « Lire le Coran : comment le Hamas et le Jihad islamique interprètent la sourate al-Isra (17) », Politics, Religion & Ideology 17, n° 4 (2016) : 392–408.
Reuters, « L’Iran dévoile un missile d’une portée de 1 450 km », 9 février 2022.