Les démocrates pourraient-ils désigner Josh Shapiro, partisan d'Israël, comme candidat en 2028 ? Un nouveau sondage apporte des indices
Dans les milieux politiques, on évoque la possibilité que le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, devienne un candidat démocrate redoutable à la présidentielle de 2028. Il possède de grandes qualités d’orateur, un parcours impressionnant et la capacité de transmettre un message porteur avec assurance.
Mais Shapiro pourrait se heurter à un obstacle s’il décidait de se présenter : c’est un juif pro-israélien, à une époque où le scepticisme à l’égard d’Israël ne cesse de croître au sein du Parti démocrate.
Pourtant, un nouveau sondage révélateur réalisé en Pennsylvanie suggère que Shapiro a peut-être trouvé quelque chose de de plus en plus rare au sein de son parti : une manière politiquement viable de rester publiquement pro-israélien tout en conservant le soutien des électeurs démocrates.
La grande question est de savoir si cette formule pourrait résister à une primaire présidentielle démocrate.
Selon un sondage du New York Times, du Philadelphia Inquirer et de l’université de Siena mis en avant par The Algemeiner, 47 % des électeurs potentiels de Pennsylvanie estiment que la position de Shapiro sur Israël est « à peu près juste ». Seuls 14 % estiment qu’il soutient trop Israël, tandis que 19 % jugent qu’il ne le soutient pas assez.
Plus intéressant encore : 59 % des démocrates de Pennsylvanie estiment que Shapiro a trouvé le juste équilibre sur la question israélienne. Ce sont là des chiffres plutôt encourageants au sein d’un Parti démocrate qui subit actuellement une profonde transformation concernant Israël.
Shapiro s’est efforcé d’occuper un espace politique de plus en plus complexe.
Il soutient fermement l’existence d’Israël et l’alliance américano-israélienne, tout en critiquant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et en soutenant l’aide humanitaire aux Palestiniens. Il a résisté aux appels de la gauche démocrate à abandonner Israël, tout en prenant ses distances par rapport à la droite israélienne.
On pourrait appeler cela un pseudo-terrain d’entente.
Sa vision de la paix implique qu’Israël et un État palestinien coexistent, chacun reconnaissant le droit à l’existence de l’autre. Cela ressemble fort à la position d’autres présidents démocrates, de Bill Clinton à Barack Obama en passant par Joe Biden.
Une solution à deux États semble pour l’instant très lointaine, et compte tenu de toute la virulence dont fait preuve le Parti démocrate à l’égard d’Israël, cette position modérée pourrait bien ne plus être viable à ce stade.
Le soutien à Israël parmi les démocrates s’est considérablement détérioré, en particulier chez les électeurs jeunes et progressistes. Un sondage Gallup réalisé cette année a révélé que la sympathie des démocrates pour les Palestiniens l’emportait largement sur celle pour les Israéliens, tandis que plusieurs candidats potentiels pour 2028 se sont orientés vers des restrictions plus sévères à l’égard d’Israël.
Même les résultats encourageants de Shapiro en Pennsylvanie contiennent un signal d’alerte : 40 % des électeurs de moins de 30 ans estiment qu’il soutient trop Israël. S’il se présente à la présidence, il aura du pain sur la planche.
Il y a ensuite le sénateur John Fetterman.
Si Shapiro incarne le démocrate pro-israélien prudent, Fetterman représente la version sans complexe.
Depuis le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre, Fetterman a défendu Israël à plusieurs reprises, alors même qu’une grande partie de son parti prenait le contre-pied.
Cet été, il est allé jusqu’à déclarer qu’Israël pourrait déterminer s’il resterait démocrate. « Si jamais notre parti devenait… le parti anti-Israël, vous savez, c’est à ce moment-là que je partirais », a déclaré Fetterman.
Il a affirmé que les démocrates avaient de plus en plus tendance à qualifier Israël d’État pratiquant l’apartheid ou le génocide, tout en s’opposant même à une aide militaire de base. « L’attitude envers Israël devient de plus en plus incroyablement hostile », a déclaré Fetterman. « Israël est notre allié important et essentiel. »
Les sondages en Pennsylvanie suggèrent que, dans l’ensemble, les électeurs ne lui reprochent pas ces opinions. Quarante-trois pour cent estiment que la position de Fetterman sur Israël est « à peu près juste ».
Mais voici la différence significative entre lui et Shapiro : 51 % des démocrates de Pennsylvanie estiment que Fetterman soutient trop Israël.
Cela suggère que Fetterman est peut-être trop conflictuel envers son propre parti pour représenter le centre de gravité démocrate sur la question israélienne. Shapiro, quant à lui, ne l’est peut-être pas et pourrait potentiellement trouver le juste équilibre (pour tracer une voie entre des points de vue opposés).
Sa candidature potentielle constituerait un test fascinant. Les électeurs des primaires démocrates peuvent-ils désigner un candidat juif qui défend ouvertement le sionisme, soutient le maintien de l’aide américaine à la sécurité d’Israël et refuse de considérer Israël lui-même comme illégitime ? Ou bien le parti est-il allé trop loin ? La tâche semble ardue.
Prenons l’exemple de la course à la présidence de 2024. Shapiro avait été sérieusement envisagé pour le poste de vice-président aux côtés de Kamala Harris, mais il n’a jamais reçu d’appel.
Shapiro a révélé dans ses mémoires de 2026 qu’un collaborateur de Harris lui avait demandé s’il avait déjà été « un agent du gouvernement israélien ». « Je me suis demandé si ces questions n’étaient posées qu’à moi – le seul juif en lice », a-t-il écrit dans son livre.
Sa foi juive et ses liens avec Israël feraient très certainement l’objet d’un examen minutieux au cours d’une campagne présidentielle.
Ainsi, même si les résultats des sondages en Pennsylvanie sont encourageants pour lui, il reste à voir si son approche de la question israélienne pourrait s’avérer gagnante à l’échelle nationale.
Il aura du pain sur la planche.