Des rabbins européens dévoilent un plan en sept points pour lutter contre « l'infrastructure de la haine »
La Conférence des rabbins européens (CER) a présenté vendredi à Bruxelles un programme en sept points, appelant les gouvernements européens, les chefs religieux et les autorités civiles à ne pas se contenter de protéger les institutions juives, mais à prendre des mesures plus fermes contre les réseaux et la radicalisation qui alimentent une haine des Juifs de plus en plus violente à travers le continent.
Intitulé « Un appel à mettre fin à la haine violente », ce programme exhorte les autorités européennes à s’attaquer au financement étranger du terrorisme, aux réseaux extrémistes, à la radicalisation religieuse et aux marches haineuses, tout en renforçant la surveillance et l’éducation afin de prévenir la violence extrémiste.
Le président du CER, le grand rabbin Pinchas Goldschmidt, a mis en garde les dirigeants européens contre ce qu’il a qualifié d’« infrastructure de la haine » persistante en Europe. Les institutions juives et les synagogues de toute l’Europe occidentale sont protégées depuis des années par des gardes et des barrières physiques, mais Goldschmidt a fait valoir que les mesures de sécurité seules ne suffisaient plus.
« Il ne s’agit pas d’une série d’incidents isolés. C’est une infrastructure de haine, fondée sur des organisations extrémistes, des financements étrangers, des institutions radicales et le monde numérique », a expliqué le rabbin Goldschmidt dans une interview accordée au journal Jewish Chronicle.
« La réponse de l’Europe ne peut pas se limiter à une nouvelle déclaration exprimant une profonde inquiétude. Elle ne peut pas non plus se résumer à des clôtures plus hautes », a-t-il affirmé. « Presque toutes les écoles juives et synagogues d’Europe sont désormais protégées par des gardes, des barrières en acier et des blocs de béton. »
« Aujourd’hui, les avertissements sont écrits avec du sang et du feu », a averti Goldschmidt.
Cet appel intervient alors que les incidents antisémites et anti-israéliens ont explosé à travers l’Europe à la suite du massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023. Dans certains pays européens, la menace qui pèse sur les communautés juives est devenue si grave que les forces de police régulières ne sont plus jugées suffisantes pour protéger les sites juifs.
Les autorités belges ont décidé en mars de déployer des troupes militaires pour sécuriser les sites juifs du pays.
« La sécurité de chaque citoyen doit être garantie », a déclaré à l’époque le ministre belge de la Défense, Theo Francken, soulignant que « l’antisémitisme et la haine envers les Juifs ne seront jamais tolérés ».
Ces préoccupations en matière de sécurité s’accompagnent d’une série d’attaques violentes à travers l’Europe. En mars, quatre ambulances de la communauté juive ont été incendiées lors d’une attaque antisémite dans le quartier londonien de Golders Green, qui compte une importante population juive. La police londonienne a par la suite arrêté deux suspects.
Plus tôt cette année, un attentat à l’explosif a visé une synagogue dans la ville belge de Liège. Au cours de la même période, des incendies criminels ont également été perpétrés, notamment une attaque antisémite contre une école juive à Amsterdam, aux Pays-Bas.
En octobre 2025, un terroriste islamiste d’origine syrienne a assassiné deux Juifs dans une synagogue de Manchester pendant les offices du Yom Kippour.
Dans ce contexte, le programme du CER appelle les autorités européennes à redoubler d’efforts pour lutter contre le financement étranger du terrorisme, les réseaux extrémistes et les marches haineuses à travers le continent.
L’organisation a spécifiquement mentionné le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien, la force d’élite du régime iranien, qui a été chargée de mener des attentats terroristes contre des Juifs, des Israéliens et des dissidents politiques en Europe et dans l’ensemble de l’Occident. Le régime de Téhéran aurait également recouru à des réseaux criminels pour prendre pour cible des Juifs à travers le continent.
Le programme appelle également les pays européens à certifier et à former les chefs religieux d’origine étrangère aux valeurs européennes, notamment aux droits et responsabilités démocratiques. Il exhorte les autorités à refuser les visas et les autorisations aux chefs religieux qui encouragent la haine ou le terrorisme, et à empêcher que des fonds ne parviennent aux organisations extrémistes.
En outre, ce plan préconise un renforcement de la surveillance des institutions religieuses et la formation des responsables communautaires afin de contribuer à identifier et à prévenir la violence extrémiste. Il prône également une tolérance zéro envers la haine à l’égard des Juifs et d’autres groupes dans les espaces publics.
En février, le ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme a publié un rapport montrant que des réseaux liés aux Frères musulmans attisaient la haine à travers l’Europe.