Israël devrait boycotter le sommet climatique en Turquie en raison de préoccupations liées à la sécurité
Israël devrait probablement renoncer à participer au sommet des Nations unies sur le climat organisé en Turquie le mois prochain, en raison de préoccupations sécuritaires et de la dégradation des relations diplomatiques entre les deux pays. Cette éventuelle absence suscite l’inquiétude des experts israéliens du climat, qui redoutent que le pays perde des occasions de coopération internationale, d’investissement et d’influence.
Bien que la participation d’Israël soit toujours à l’étude, des militants écologistes et des chercheurs avertissent que l’absence d’une délégation officielle pourrait nuire aux intérêts nationaux du pays et limiter sa capacité à contribuer à l’élaboration des politiques climatiques internationales.
« À ce stade, l’autorisation de départ de la délégation conjointe n’a pas encore été accordée. Toutefois, la question fait actuellement l’objet d’un réexamen et aucune décision définitive n’a été prise », a déclaré le ministère israélien de la Protection de l’environnement.
Le professeur Colin Price, directeur de l’Initiative climat de l’Université de Tel-Aviv, a souligné que ce sommet revêtait une importance non seulement pour les politiques climatiques, mais aussi pour l’engagement diplomatique d’Israël, même si son influence sur les décisions internationales reste limitée.
« Il s’agit davantage d’une conférence politique, ce qui explique pourquoi il est important que nous y soyons présents, tout comme nous participons aux Nations unies, même si nous n’y avons pas beaucoup d’influence. Mais notre présence compte. Cette année, la situation est apparemment différente. Le fait que la conférence se tienne en Turquie empêche de nombreuses personnes d’y participer », a expliqué Price.
Il a également estimé que le gouvernement israélien ne manifestait pas suffisamment d’intérêt pour les questions climatiques, ce qui vient aggraver les difficultés sécuritaires et diplomatiques entourant la participation du pays.
« Le ministère de la Protection de l’environnement fonctionne à peine ces derniers temps, ce qui suscite moins d’intérêt. C’est une combinaison de préoccupations sécuritaires et d’un manque d’intérêt de la part du gouvernement. Nous ne serons donc pas présents, même si des représentants du secteur privé pourraient éventuellement y participer », a-t-il déclaré.
Malgré les tensions politiques, Colin Price affirme ne pas avoir constaté de boycott généralisé des chercheurs israéliens ni de rupture de la coopération scientifique internationale.
« Les scientifiques qui travaillent et mènent des recherches dans le domaine du climat n’ont pas le sentiment qu’il existe un boycott ou que la situation actuelle affecte la coopération internationale, y compris lors des conférences », a-t-il ajouté. « Je pense qu’il y a beaucoup moins de politique au niveau scientifique. J’ai notamment participé à l’évaluation de l’un des chapitres d’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). »
Price a néanmoins averti que l’absence d’Israël pourrait avoir des conséquences économiques, notamment pour son secteur des technologies climatiques, qui dépend en partie des investissements internationaux et des réseaux professionnels.
« Il n’y a ni visibilité, ni réseautage, ni investissements. Il y a quatre ans, les investisseurs étrangers étaient beaucoup plus nombreux à s’intéresser aux entreprises. Je participe à une start-up et, depuis un an ou deux, les investisseurs ont cessé de répondre. Ils ne répondent tout simplement plus à nos courriels. Les investissements étrangers dans les technologies climatiques — des technologies innovantes conçues pour lutter contre le changement climatique — sont beaucoup moins importants. Si nous ne participons pas au sommet, nous passerons à côté de ces contacts et de ces rencontres », a-t-il expliqué.
Udi Avni, codirecteur national de Greenpeace Israël, a également averti que l’absence du pays pourrait nuire à ses intérêts et limiter sa participation aux décisions ayant des répercussions sur son économie, sa sécurité et ses politiques environnementales.
« Dans un contexte marqué par des phénomènes climatiques extrêmes partout dans le monde, la participation d’Israël au sommet est essentielle », a-t-il affirmé.
« L’absence d’une représentation officielle porte préjudice à l’intérêt national et à la population israélienne. Si c’était l’Eurovision, les choses seraient très différentes, tant sur le fond que sur la forme. Le gouvernement devrait tout mettre en œuvre pour exiger du pays hôte qu’il garantisse la sécurité de la délégation israélienne, ou demander aux Nations unies de déplacer le sommet. La Turquie a été choisie comme pays hôte il y a près d’un an », a-t-il estimé.
Avni a souligné que le sommet avait des implications concrètes dépassant le cadre de la diplomatie internationale, notamment en matière d’énergie, de réglementation environnementale et de financement des technologies climatiques.
« Contrairement à l’Eurovision, le sommet sur le climat débouche sur des décisions techniques, mais importantes, concernant notamment les objectifs de transition vers les énergies renouvelables, les réglementations environnementales et le financement des technologies vertes. Ces décisions ont une incidence directe sur la qualité de vie de tous les Israéliens, le coût de la vie et l’économie, la sécurité nationale ainsi que notre capacité à faire face aux conséquences de la crise climatique, notamment les incendies de forêt et les sécheresses », a-t-il expliqué.
Le Dr Avner Gross, directeur du laboratoire de recherche sur le changement climatique à l’Université Ben-Gourion du Néguev, a lui aussi averti que l’absence d’Israël pourrait affaiblir sa position dans les discussions scientifiques et économiques internationales.
« La crise climatique est l’un des plus grands défis auxquels l’humanité est confrontée, et elle continuera de nous accompagner à l’avenir. Pour y faire face, nous avons besoin de l’ensemble de la communauté internationale, Israël compris. Participer au sommet international sur le climat, auquel prennent part presque tous les pays du monde, est l’un des moyens d’exercer une influence et de contribuer à cet effort. L’absence d’Israël signalerait un nouveau retrait du dialogue mondial, susceptible de nuire au pays sur les plans universitaire et économique », a-t-il averti.
L’éventuelle absence d’Israël intervient alors que les relations entre Jérusalem et Ankara se sont fortement détériorées depuis l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a multiplié les critiques contre la campagne militaire israélienne à Gaza. Il a notamment comparé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au dirigeant nazi Adolf Hitler et accusé Israël de « génocide », tout en apportant son soutien au Hamas. Erdoğan a également refusé de condamner le massacre de civils israéliens perpétré par le Hamas.
Israël affirme disposer d’un droit légitime à se défendre contre le Hamas à la suite de l’invasion du territoire israélien par l’organisation terroriste le 7 octobre, qui a fait environ 1 200 morts et conduit à l’enlèvement de 251 personnes.
Le gouvernement israélien rejette les accusations de « génocide » et de « crimes de guerre ». Il affirme chercher à réduire au minimum les pertes civiles et accuse le Hamas d’utiliser la population civile de Gaza comme boucliers humains, en violation du droit international.
En août, la Turquie a appelé à l’émission d’un mandat d’arrêt international contre Netanyahu, renouvelant ses accusations de « génocide » contre Israël. Netanyahu a réagi en condamnant la Turquie et en qualifiant Erdoğan de « dictateur antisémite ».