« Déformé, trompeur, malhonnête » : l’armée israélienne fustige le film « NAZA » dans une réponse officielle aux accusations de crimes de guerre
IDF : « Les réalisateurs ont déformé les faits, omis le contexte et recouru à la manipulation émotionnelle »
Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont publié jeudi une réponse officielle et détaillée aux allégations du documentaire « NAZA », qui affirmait que l’armée israélienne avait commis systématiquement des crimes de guerre dans la bande de Gaza, notamment en tuant intentionnellement des civils à l’aide de programmes de ciblage basés sur l’intelligence artificielle.
Ce documentaire, réalisé par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a remporté le Prix spécial du jury au Festival international du film de Venise le mois dernier.
Cependant, bien que les graves allégations du film aient fait l’objet d’une large couverture médiatique à travers des bandes-annonces et des extraits, celui-ci n’était pas accessible au public et n’avait pas été mis à la disposition du personnel des FDI.
Dans sa réponse, les FDI ont reproché aux réalisateurs de ne pas avoir respecté les bonnes pratiques journalistiques en ne leur donnant pas la possibilité de réagir avant la publication, « et ils n’ont pas non plus fourni de copie du film après sa projection, bien que les FDI l’aient demandée ».
« Par conséquent, pour évaluer le contenu du film, l’armée israélienne s’est appuyée sur une analyse détaillée établie par un représentant [militaire] ayant assisté à une projection publique, ainsi que sur d’autres témoignages publics », a déclaré l’armée israélienne.
L’armée a souligné que « le film déforme la réalité de diverses manières, à commencer par son titre », qui est l’acronyme du terme hébreu « Nezek Agavi », signifiant « dommages collatéraux ».
« Paradoxalement, le film présente les efforts exceptionnels et le souci du détail que l’armée israélienne consacre à l’estimation de ces dommages lors des frappes comme une preuve d’indifférence envers la vie des civils. En réalité, l’évaluation des dommages civils prévisibles lors des frappes est une obligation en vertu du droit international. »
L’armée israélienne a divisé sa réponse en deux parties : « la première aborde les problèmes généraux liés au contenu et à la production du film ; la seconde traite des principales allégations formulées dans le film. La liste ne couvre pas toutes les affirmations fausses et déformées contenues dans le film. »
Concernant la première partie, l’armée israélienne a noté que la plupart des témoignages provenaient de « personnes interrogées anonymes […] décrites comme ayant occupé des fonctions dans les services de renseignement ».
Ces soldats anonymes ont livré des témoignages axés sur « les étapes initiales et limitées liées au renseignement, plutôt que sur le processus beaucoup plus large de planification et d’approbation des frappes », a expliqué l’armée israélienne.
« Bon nombre de leurs affirmations témoignent d’une connaissance ou d’une compréhension insuffisante des étapes ultérieures du processus de ciblage, au-delà de leurs missions. Il en résulte des erreurs substantielles et des déformations de la politique de ciblage de l’armée israélienne. »
L’armée a également souligné que les réalisateurs n’avaient pas fourni de détails permettant de vérifier leurs allégations. « Ils ne citent aucune directive militaire, aucun document d’époque ni aucune autre preuve corroborante. Les récits des frappes présumées n’identifient aucune cible spécifique, aucune date, aucun lieu ni aucune victime signalée, ce qui rend ces allégations générales et invérifiables. »
Troisièmement, « NAZA » ignore complètement le contexte « essentiel pour évaluer la conduite de l’armée israélienne pendant la guerre, notamment le massacre du 7 octobre, l’imbrication militaire du Hamas au sein de la population civile de Gaza et les mesures prises par l’armée israélienne pour protéger les civils dans ces conditions. »
Cela inclut « la grave menace sécuritaire que représentait le Hamas pour Israël », l’exploitation systématique des civils comme boucliers humains par le Hamas, ainsi que les « moyens humains et matériels considérables » consacrés à la protection des civils, notamment la facilitation de l’acheminement de quantités massives de « fournitures humanitaires et de biens civils vers Gaza » via le COGAT.
Dans la deuxième partie de sa réponse, les FDI ont énuméré les réfutations de plusieurs allégations clés du film tout en citant « le contexte factuel et juridique pertinent ».
Par exemple, l’armée a répondu à l’affirmation selon laquelle « l’intelligence artificielle aurait généré de manière autonome des dizaines de milliers de cibles humaines qui ont été attaquées ».
Les programmes d’IA ne « déterminent pas si un objet ou une personne est désigné comme cible, ni si une cible est frappée », a expliqué l’armée israélienne, soulignant que les cibles font l’objet d’un processus d’identification avant d’être approuvées « par au moins un officier du renseignement habilité ».
« Les outils de traitement des données sont utilisés à une étape intermédiaire du processus d’identification des cibles, afin de faciliter le recoupement des bases de données du renseignement que les analystes ont préalablement collectées et évaluées, dans le but de permettre aux analystes de se concentrer sur les informations susceptibles d’être pertinentes pour leurs recherches en cours. »
« Ces outils ne peuvent pas, de manière indépendante, identifier et sélectionner des cibles à frapper au sein de l’armée israélienne », a souligné l’armée.
En conclusion, les FDI ont noté que « les conséquences tragiques de la guerre ne justifient pas la déformation des faits. Une discussion sérieuse sur les dommages causés aux civils nécessite un compte rendu sérieux de la manière dont les décisions ont réellement été prises. C’est précisément ce que le film ne fournit pas. »
« Le film cherche à donner l’impression que les FDI agissent de manière inhumaine. En réalité, la seule façon pour les réalisateurs de créer cette impression est de déformer les faits, d’omettre des éléments de contexte essentiels, d’ignorer les publications et explications antérieures des FDI, et d’y ajouter une manipulation émotionnelle ainsi que des effets mis en scène. »
La réponse complète des FDI en anglais peut être consultée ici