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Pourquoi le mouvement socialiste américain a Israël dans sa ligne de mire

 
Des étudiants et des membres de la communauté manifestent sur le campus de l'université d'État du Kansas pour demander à l'établissement de se désinvestir d'Israël. Le rassemblement était organisé par la section locale de K-State des « Young Democratic Socialists of America », le 1er mai 2024. (Photo : Luke Townsend/ZUMA Press Wire)

En ce qui concerne le mouvement socialiste démocratique, le programme défini est fondamentalement économique : une couverture médicale universelle. L’enseignement supérieur gratuit. Des syndicats plus puissants. Une fiscalité plus lourde pour les plus riches. Des logements sociaux financés par l’État. Un filet de sécurité sociale considérablement élargi. Voire, dans certains cas, des magasins d’alimentation gérés par l’État.

Mais de plus en plus, une autre question s’est profondément ancrée au sein du mouvement socialiste américain : l’opposition à Israël et au sionisme. Prenons l’exemple des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), l’organisation socialiste la plus en vue du pays. Le lien est impossible à manquer.

Le DSA ne se contente pas de critiquer tel ou tel gouvernement israélien ou le Premier ministre Benjamin Netanyahou. Non, ce serait trop facile. L’organisation soutient officiellement le mouvement « Boycott, désinvestissement et sanctions » (BDS), appelle à la fin de l’aide américaine à Israël et qualifie régulièrement Israël d’État « colonialiste » et d’« apartheid ».

C’est sur ce dernier point, celui du colonialisme, que le DSA tente explicitement de relier la libération palestinienne à son projet socialiste plus large. Ainsi, pour comprendre pourquoi tant de candidats soutenus par le DSA adoptent des positions farouchement anti-israéliennes, il faut d’abord comprendre que l’organisation ne considère pas Israël comme une simple question de politique étrangère isolée.

Elle envisage Israël à travers le même prisme idéologique que celui par lequel elle aborde le capitalisme, la puissance militaire américaine, le colonialisme, la race et l’oppression. Tout cela ne fait qu’un, et le DSA le dit sans détour. Son Comité international décrit son travail comme suit :

« La lutte contre l’impérialisme est au cœur de notre combat pour le socialisme au cœur même de l’empire. Le Comité international de la DSA soutient la lutte contre l’impérialisme sur le territoire américain (notamment par le travail de solidarité avec la Palestine et en exigeant la normalisation des relations avec Cuba), chapeaute notre action contre la guerre et en faveur des droits des migrants, développe une éducation politique internationaliste et entretient des liens avec les partis de gauche du monde entier afin de partager des enseignements et d’apprendre les uns des autres à travers nos pratiques socialistes. »

C’est cette doctrine qui établit le lien intellectuel entre le socialisme aux États-Unis et l’hostilité envers Israël. Dans la vision du monde du DSA, le capitalisme n’est pas simplement un système économique générant des inégalités au niveau national. Il est lié à un système mondial dans lequel les pays, les entreprises et les armées puissants exploitent les populations plus faibles.

Et les États-Unis se trouvent au centre de ce système. Israël, en tant qu’allié le plus proche des États-Unis au Moyen-Orient et bénéficiaire de milliards de dollars d’aide militaire américaine, est considéré comme un prolongement de la puissance américaine. Par conséquent, la libération de la Palestine s’inscrit dans la lutte contre l’« impérialisme » américain. Tout est interconnecté.

Il existe toutefois un deuxième point de connexion qui lie le mouvement DSA à Israël. Il s’agit du schéma « oppresseurs contre opprimés » propre au mouvement socialiste. La documentation du DSA décrit à maintes reprises les Palestiniens comme une population colonisée et Israël comme le colonisateur.

Les socialistes se rangent du côté des opprimés et qualifient Israël d’« État colonial de peuplement ». La situation devient alors beaucoup plus claire et les implications politiques prévisibles. Si Israël incarne le colonialisme, alors changer la politique israélienne n’est pas vraiment l’objectif du mouvement DSA. L’objectif est de s’opposer au sionisme lui-même. Cela aide à expliquer l’adhésion du DSA au BDS.

En 2017, lors de son congrès national, le DSA a apporté son soutien au mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Cet événement a été qualifié de « tournant historique », car il a marqué l’adhésion officielle de l’organisation à la libération palestinienne et à l’opposition au sionisme. Deux ans plus tard, en 2019, le DSA a mis en place un groupe de travail national sur le BDS et la solidarité avec la Palestine.

Il existe un autre lien, d’ordre économique.

L’argument avancé par la DSA est que des milliards de dollars sont dépensés chaque année pour soutenir l’armée israélienne, alors que cet argent pourrait au contraire financer les soins de santé, les services sociaux et bien d’autres choses encore ici, aux États-Unis. Le raisonnement est le suivant : pourquoi financer Israël alors que cet argent pourrait financer la transformation socialiste des États-Unis ?

Dans l’univers de la DSA, un embargo sur les armes à destination d’Israël est mis dans le même sac, sur le plan idéologique, que le système de santé universel (« Medicare for All ») dans le Michigan, les logements abordables à New York, etc. Tout est interconnecté.

Enfin, il y a le lien avec la politique anti-guerre. La politique étrangère du DSA est profondément sceptique vis-à-vis de l’intervention militaire américaine, des dépenses de défense et de ce qu’il appelle le complexe militaro-industriel ; on peut donc imaginer ce qu’il pense d’Israël, étant donné que ce pays est un destinataire majeur des armes américaines. Cela en fait, dans la vision du monde du DSA, un instrument de la puissance américaine au Moyen-Orient.

Quel en est le résultat final ? Une sympathie pour les « Palestiniens opprimés » et, par conséquent, des critères nationaux de soutien du DSA qui demandent expressément aux sections locales de prendre en compte la position d’une campagne sur la « libération palestinienne ». Ce filtrage idéologique contribue à expliquer l’émergence des candidats que l’on observe aujourd’hui.

Melat Kiros, candidate au Congrès du Colorado, Claire Valdez, candidate au Congrès de New York, et Aber Kawas, candidate au Sénat de l’État de New York, sont toutes issues de l’écosystème socialiste-démocrate tout en adoptant des positions résolument pro-palestiniennes et anti-israéliennes. Il en existe beaucoup d’autres comme elles qui font leur apparition dans la vie politique partout aux États-Unis.

Alors n’oubliez pas : la prochaine fois que vous entendrez parler de la montée du mouvement socialiste, il ne s’agit pas seulement d’éliminer le capitalisme. Il s’agit aussi, fondamentalement, d’éliminer Israël.

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