Des soldats ultraorthodoxes de Tsahal auraient empêché une officière d’entrer dans une base militaire, selon un rapport
Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, affirme qu’il ne rejoindra aucun gouvernement sans garantie du maintien des exemptions de service militaire pour les ultraorthodoxes
Alors que les élections approchent à grands pas et que la question du service militaire des ultraorthodoxes s’impose comme l’un des enjeux majeurs de la campagne, un reportage de Kan News révélant qu’une officière de Tsahal se serait vu refuser l’accès à une base en raison de son sexe pourrait raviver les tensions.
La chaîne publique israélienne a rapporté mardi soir que des soldats de la brigade Hasmonean avaient refusé l’accès à une officière chargée de la logistique à l’avant-poste du mont Hermon.
Cette brigade constitue le projet phare de Tsahal pour démontrer qu’il est possible d’intégrer un grand nombre de soldats haredim (ultraorthodoxes) tout en leur permettant de préserver leur mode de vie religieux.
L’officière se trouvait sur place pour accompagner des prestataires du ministère de la Défense chargés de rénover, avant l’hiver, les réservoirs de carburant qui fournissent de l’électricité et de l’eau chaude aux soldats.
Les prestataires masculins ont été autorisés à entrer dans la base, contrairement à l’officière, qui n’a pas pu accéder à la cour où se trouvent les anciens réservoirs de carburant. Selon le reportage, elle n’a pas demandé à entrer dans l’enceinte de la base ni dans les quartiers d’habitation, où la séparation entre les sexes est appliquée dans l’ensemble de l’armée.
En réponse au reportage de Kan, Tsahal a reconnu que le comportement des soldats constituait « une erreur » et que l’officière « aurait dû être autorisée à entrer dans l’avant-poste, avec les aménagements nécessaires pour lui permettre d’accomplir ses fonctions ».
L’armée a déclaré : « L’ordre de l’état-major spécifiquement consacré à l’intégration des membres de la communauté haredi stipule que, dans une unité fonctionnant selon le parcours “David”, auquel appartient la brigade Hasmonean, l’ensemble du personnel de l’unité doit respecter la Torah et ses commandements. »
« Néanmoins, rien n’empêche les personnels professionnels, hommes comme femmes, servant dans d’autres unités, d’entrer dans les camps où sont stationnées les unités de la brigade afin d’y accomplir leurs missions. »
Cet incident met en lumière les inquiétudes exprimées tant dans les communautés laïques que dans les communautés haredim, qui craignent que l’intégration des soldats ultraorthodoxes dans Tsahal ne porte atteinte à leurs modes de vie respectifs.
Par exemple, des soldats laïques se sont déjà plaints de l’interdiction d’apporter des aliments non casher dans les bases de Tsahal, dont les cuisines respectent généralement les règles de la cacherout afin de tenir compte des besoins des soldats pratiquants.
De leur côté, des responsables ultraorthodoxes ont averti que le service dans le cadre militaire général de Tsahal pourrait conduire leurs enfants à abandonner le mode de vie haredi. Parmi leurs préoccupations figurent le fait de servir à proximité de soldates et l’obligation d’écouter des femmes chanter lors de cérémonies, une pratique interdite par certains rabbins.
Moran Zer Katzenstein, candidate du parti d’extrême gauche « Les Démocrates », a condamné l’incident, le qualifiant de « signal d’alarme flagrant pour nous tous ».
« Ce n’est pas la loi juive ; c’est de l’extrémisme et une menace pour la sécurité », a-t-elle dénoncé. « Une officière qui accomplit ses fonctions n’est pas un danger qu’il faudrait dissimuler. »
« D’ici quatre ans, les femmes ne serviront plus dans l’armée. »
Le service militaire des haredim est devenu l’un des principaux enjeux de la campagne électorale actuelle, alors que la police militaire de Tsahal a intensifié les arrestations d’hommes qui se soustraient à la conscription, conformément aux directives de la Cour suprême de justice. Ces derniers mois, la communauté haredi a réagi par plusieurs manifestations de grande ampleur, notamment des rassemblements spontanés, parfois violents, qui ont empêché certaines arrestations.
Mercredi, le président du parti ultraorthodoxe Shas, Aryeh Deri, a confirmé que sa formation, pourtant alliée de longue date du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ne rejoindrait pas son gouvernement sans engagement en faveur d’une nouvelle loi sur la conscription militaire, qui devrait notamment prévoir le maintien de larges exemptions pour les jeunes hommes haredim.
S’exprimant auprès du média Kikar HaShabbat, Deri a déclaré : « Il n’y aura aucun gouvernement en Israël que le Shas soutiendra ou auquel il participera tant que le statut des étudiants des yeshivot ne sera pas régularisé. Comment pouvons-nous accepter cette épée de Damoclès que représentent les arrestations ? »
Parallèlement, le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a réaffirmé mardi, lors d’un discours, que l’armée avait besoin de davantage de soldats.
« En temps de guerre, l’importance d’une mission essentielle comme le service militaire au sein de Tsahal apparaît encore plus clairement. C’est le plus élevé des commandements : celui de défendre la terre, ses citoyens et notre héritage historique », a déclaré Zamir devant des familles endeuillées et des membres des forces armées.
« C’est un privilège, un devoir et un fardeau que nous portons avec fierté. Nous devons renforcer la valeur du service au sein de Tsahal, étoffer les rangs et soutenir nos soldats combattants, héros de la nation et modèles d’excellence sioniste. »