Roch Hachana : le deuxième Nouvel An biblique et un nouveau départ d’un autre genre
La Bible mentionne deux débuts d’année : le calendrier sacré commence au mois de Nisan, tandis que le calendrier civil et l’année du Jubilé débutent au mois de Tishri. Le nouvel an de Tishri n’est pas simplement une tradition rabbinique : il trouve son origine dans la Bible elle-même, qui ordonne que la cinquantième année, l’année de la liberté, soit proclamée à cette date. Le prophète Ézéchiel a reçu sa dernière vision « au début de l’année » (en hébreu, Rosh Hashanah), et c’est à cette même période que Jésus a lu un passage d’Ésaïe à la synagogue : « pour proclamer l’année de la grâce du Seigneur ».
Nisan et Tishri – deux débuts de l’année
Les Écritures présentent deux points de référence pour l’année. L’un est le premier jour de Nisan, marquant la délivrance d’Israël d’Égypte et le début du cycle des fêtes. L’autre est le mois de Tishri, que la Bible fixe comme le début des années sabbatiques et du Jubilé, car Dieu ordonne que l’année du Jubilé soit consacrée le Jour des Expiations, le dixième jour du septième mois (Lévitique 25, 9–10).
Un autre témoignage biblique de ce début d’année au mois de Tishri apparaît dans la manière dont la Torah décrit les fêtes des récoltes. À deux reprises, elle évoque la Fête de la Récolte « à la fin de l’année » :
« Tu célébreras la Fête de la Récolte, celle des prémices de ton travail, de ce que tu sèmes dans les champs. Tu célébreras la fête de la Récolte à la fin de l’année, lorsque tu auras récolté dans les champs le fruit de ton travail. » (Exode 23, 16)
« Tu célébreras la fête des Semaines [Shavuot], les prémices de la moisson du blé, et la fête de la Récolte à la fin de l’année. » (Exode 34, 22)
Une autre référence biblique provient du commandement de Moïse concernant la lecture publique de la Loi :
« À la fin de chaque cycle de sept ans, au moment fixé de l’année du relâchement, lors de la Fête des Tabernacles… » (Deutéronome 31:10).
Comme la Fête des Tabernacles (Souccot) suit immédiatement Rosh Hashana et le Jour des Expiations, tous ces événements se déroulant au cours du mois de Tishri, ce commandement montre également que Tishri fait office de tournant de l’année désigné par Dieu — un moment fixé pour la libération et le renouveau.
Ces passages démontrent que l’Écriture elle-même reconnaît plus d’un type de cycle annuel. L’année agricole s’achève en Tishri avec la dernière récolte, et c’est sur cette base que les années sabbatiques et le Jubilé sont également comptés à partir de Tishri. Parallèlement au calendrier sacré basé sur le mois de Nisan, la Bible reconnaît ainsi un calendrier basé sur Tishri — de nature différente, mais constituant également un début d’année fondé sur les Écritures.
C’est toutefois dans le livre d’Ézéchiel que cette nouvelle année de Tishri trouve son expression la plus claire. Lorsque le prophète présente sa dernière vision, il la date en ces termes :
«La vingt-cinquième année de notre captivité, au début de l’année, le dixième jour du mois… » (Ézéchiel 40, 1).
En hébreu, l’expression est בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (b’Rosh Hashanah) — littéralement « au début de l’année ». C’est le seul passage de la Bible où ce terme apparaît, et il est significatif qu’Ézéchiel l’utilise pour décrire une vision reçue au tournant du mois de Tishri, le Jour du Grand Pardon. C’est là que nous trouvons la racine biblique de l’expression même sous laquelle cette fête est connue aujourd’hui : Roch Hachana.
Roch Hachana – La Fête des Trompettes
La Torah établit le premier jour du mois de Tishri comme un jour de commémoration unique :
« Le septième mois, le premier jour du mois, vous aurez une sainte convocation. Vous ne ferez aucun travail habituel. Car c’est pour vous un jour où l’on sonnera de la trompette » (Nombres 29, 1).
«Au septième mois, le premier jour du mois, vous aurez un repos sabbatique, un souvenir marqué par le son des trompettes, une sainte assemblée » (Lévitique 23, 24).
Mais de quel son de trompette les Israélites devaient-ils se souvenir alors qu’ils erraient dans le désert ? Le moment où Dieu lui-même descendit sur le mont Sinaï :
«Et il arriva, le troisième jour, au matin, qu’il y eut des tonnerres et des éclairs, et une épaisse nuée sur la montagne ; et le son de la trompette était très fort… Or, le mont Sinaï était entièrement enveloppé de fumée, car l’Éternel était descendu sur lui dans le feu. » (Exode 19:18)
Le souvenir des sons de trompette renvoie à cette rencontre impressionnante où le Seigneur est descendu sur la Terre pour conclure une alliance avec Son peuple.
Le début de l’Année de la grâce du Seigneur
Dans la tradition juive, la portion de la Torah intitulée « Nitzavim » est toujours lue le dernier shabbat avant Rosh Hashanah. La portion prophétique qui y est associée provient d’Ésaïe 61.
Depuis des siècles, ce chapitre est lu le shabbat précédant immédiatement le premier jour de Tishri – Rosh HaShana. Cela explique pourquoi, dans la synagogue de Nazareth, c’est précisément ce rouleau qu’on a remis à Jésus pour qu’il le lise :
«L’Esprit du Seigneur est sur moi, car il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… pour proclamer l’année de grâce du Seigneur.»
(Luc 4, 18–19, citant Ésaïe 61)
Il ne s’agissait pas d’une lecture fortuite, mais d’un acte programmatique : au seuil de la nouvelle année biblique, Jésus a proclamé la véritable année de libération, le commencement de la grâce rédemptrice de Dieu.
Le nouveau départ de l’année en Tishri n’est pas seulement une question de calcul, mais de rencontre : au Sinaï, le Seigneur est descendu dans le feu, et à Nazareth, le Messie a proclamé l’année de la grâce du Seigneur. En ces jours où Israël gémit sous le poids des divisions intérieures et des menaces extérieures, l’appel à l’alliance et à la rédemption résonne avec plus d’urgence que jamais. Puisse cette année être un véritable Jubilé – une saison sainte de libération et de pardon, de liberté pour les captifs, de délivrance pour ceux qui sont asservis par le péché, et l’aube de l’ère messianique. Puisse cette année être véritablement l’année favorable du Seigneur – l’année de la rédemption, de la miséricorde et des nouveaux départs.
«L’Esprit du Seigneur est sur moi,
car il m’a oint
pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ;
il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé,
pour proclamer la liberté aux captifs
et le recouvrement de la vue aux aveugles,
pour renvoyer libres ceux qui sont opprimés ;
pour proclamer l’année de grâce du Seigneur. »
(Luc 4, 18–19)
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