Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas reporte les élections palestiniennes à 2027, provoquant la colère de ses opposants
La France exprime ses « regrets » face à une décision qui « prive le peuple palestinien de son droit à l’expression démocratique »
Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé ce week-end le report des élections législatives à septembre 2027.
Abbas a justifié ce report par les obstacles imposés par Israël et affirmé que les différents partis et factions politiques palestiniens avaient approuvé cette décision.
Ces élections, les premières élections législatives dans les territoires palestiniens depuis 2006, étaient initialement prévues le 28 novembre de cette année. Elles s’inscrivaient dans le cadre d’engagements en faveur de réformes pris auprès de plusieurs pays, dont la France, le Canada et le Royaume-Uni, en échange de la reconnaissance d’un État palestinien en 2025.
À l’époque, le gouvernement canadien avait explicitement lié la reconnaissance prévue aux réformes promises, parmi lesquelles figuraient des élections générales en 2026, auxquelles le Hamas ne pourrait pas participer.
Dans une déclaration publiée à l’époque, le Premier ministre canadien Mark Carney avait affirmé : « L’Autorité palestinienne a pris des engagements directs envers le Canada et la communauté internationale concernant des réformes indispensables, notamment une refonte en profondeur de sa gouvernance, la tenue d’élections générales en 2026 auxquelles le Hamas ne pourra prendre part, ainsi que la démilitarisation de l’État palestinien. »
Carney avait également promis que le Canada allait « intensifier ses efforts pour soutenir la mise en œuvre de ce programme de réformes par l’Autorité palestinienne ».
La France, qui a elle aussi reconnu un État palestinien en septembre 2025, avait souligné l’engagement de l’Autorité palestinienne à organiser des élections législatives sous supervision internationale dans un délai d’un an.
« La France regrette l’annonce par le président de l’État de Palestine du report à septembre 2027 des élections législatives prévues le 28 novembre 2026, ainsi que de l’élection présidentielle prévue début 2027 », a déclaré le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères dans un communiqué.
Le ministère a rappelé que vingt ans s’étaient écoulés depuis les dernières élections, estimant : « Cette décision prive une nouvelle fois le peuple palestinien de son droit à l’expression démocratique dans les urnes. »
#Palestine | Announcement of the postponement of Palestinian parliamentary and presidential elections https://t.co/ILTZUGZcAo
— France Diplomacy 🇫🇷🇪🇺 (@francediplo_EN) October 11, 2026
« La France appelle les autorités palestiniennes à revenir sur leur décision et à organiser dès que possible des élections législatives et présidentielle dans l’ensemble de la Palestine », a déclaré un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.
Plusieurs autres pays européens, dont le Portugal, avaient invoqué les assurances de l’Autorité palestinienne concernant des réformes institutionnelles, la promesse du désarmement du Hamas et la création d’un État palestinien démilitarisé pour justifier leur reconnaissance d’un État palestinien.
Cependant, plusieurs jours après l’annonce d’Abbas, nombre de ces pays n’ont toujours pas publié de réaction officielle.
2025: Australia, Canada, and France recognize the “State of Palestine” because Mahmoud Abbas promises elections in 2026 2026: Mahmoud Abbas postpones the elections (again) until 2027 (maybe) Abbas lied. Derecognize Palestine. https://t.co/zmFvm86vin
— Max 📟 (@MaxNordau) October 11, 2026
Des critiques ont souligné que les déclarations des gouvernements occidentaux ayant reconnu un État palestinien l’an dernier ne prévoyaient aucun mécanisme permettant de revenir sur cette reconnaissance si l’Autorité palestinienne ne respectait pas ses engagements.
L’ambassadeur d’Israël au Canada, Iddo Moed, s’est demandé quand le pays hôte reconnaîtrait son erreur.
One year ago Canada recognised Palestinian statehood in exchange for Mahmoud Abbas’s ‘commitments’ - a list of 30-years long broken promises. Now Abbas postponed elections to September 2027… Add that to the continuing Pay4Slay program for terrorists, and many other undelivered reforms. What more is needed to recognise and admit that Canada’s irreversible move was in vain?
— Iddo Moed (@MoedIddo) October 11, 2026
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a qualifié l’excuse avancée par Abbas, qui rejette la responsabilité du report sur Israël, de « nouveau mensonge ridicule destiné à se soustraire à toute responsabilité et à éviter de rendre des comptes ».
Dans une déclaration au Jerusalem Post, Samer Sinijlawi, dirigeant du parti Masar Jadid (« Nouvelle voie »), a mis en cause le vice-président palestinien Hussein al-Sheikh et Jamil Mezher, secrétaire général adjoint du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).
« Selon mon analyse politique, les efforts d’un petit nombre de dirigeants ont été le principal moteur de cette décision, avec le soutien de certaines factions, au premier rang desquelles figure le Front populaire de libération de la Palestine. Je tiens ceux qui défendent cette ligne politiquement responsables d’avoir fait pression sur le président pour priver notre peuple de la possibilité de voter à la date fixée par décret présidentiel », a écrit Sinijlawi sur ses réseaux sociaux.
Mahmoud Abbas, the Palestinian corrupt dictator, who has not held elections in over twenty years, has once again deceived the international community. His attempt to drag Israel into this, falsely claiming that Israel imposed obstacles to holding elections, is yet another ridiculous lie designed to evade responsibility and accountability. Just like the other lies about “reforms” that were never implemented — ending payments to terrorists and their families, and stoping incitement in the Palestinian education system. For over twenty years, Abbas has been selling the same thing: lies.
— Gideon Sa'ar | גדעון סער (@gidonsaar) October 10, 2026
Mohammed Dahlan, ancien responsable de l’Autorité palestinienne et proche d’Abbas lorsqu’il dirigeait le Conseil de sécurité nationale palestinien, a lui aussi vivement critiqué le report des élections, qu’il a qualifié de « crime contre la démocratie ».
Il a accusé les dirigeants de l’Autorité palestinienne de corruption financière, administrative et politique, affirmant que le report était motivé par la crainte de perdre ce qu’il a appelé leur « monopole sur les institutions nationales ».
Dahlan a également reproché aux dirigeants de l’Autorité palestinienne de faire des promesses à la communauté internationale sans les tenir. Il a appelé cette dernière à réexaminer son soutien à l’Autorité palestinienne, qu’il a qualifiée de « junte tyrannique corrompue ».
Parallèlement, certains comptes sur les réseaux sociaux ont relevé que les élections avaient été reprogrammées au 11 septembre 2027, s’interrogeant sur le choix de cette date, compte tenu de sa portée symbolique aux États-Unis.