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Le nouveau « pacte de défense mutuelle » sunnite et ses implications prophétiques

 
Le ministre des Affaires étrangères turc, Hakan Fidan, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères pakistanais, Mohammad Ishaq Dar, le ministre des Affaires étrangères saoudien, le prince Faisal bin Farhan Al Saud, le ministre turc de la Défense, Yasar Guler, le chef d’état-major général turc, le général Selcuk Bayraktaroglu, le chef des forces de défense et chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif, le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, et le chef d'état-major général saoudien, le général Fayyadh bin Hamed Al-Ruwaili, posent avant la première réunion du comité institué dans le cadre de l'accord de défense conjoint, l'« Accord de défense conjoint de La Mecque », à Istanbul, en Turquie, le 31 août 2026. (Photo : Murad Sezer/Reuters)

Le mois dernier, trois grandes nations islamiques – l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie – ont signé un pacte de défense mutuelle. Cette « Alliance de défense conjointe de La Mecque » s’inscrit dans le prolongement d’un accord bilatéral antérieur conclu entre l’Arabie saoudite et le Pakistan fin 2025 et fonctionnera de manière similaire à l’OTAN. Une attaque armée contre l’un des membres sera considérée comme une attaque contre les trois.

L’importance de cet accord est apparue encore plus clairement le 31 août, lorsque les trois pays ont mis en place un secrétariat permanent en Arabie saoudite et se sont engagés à renforcer leur coordination militaire, leur production conjointe de matériel de défense et leur coopération technologique. Ce secrétariat sera dans un premier temps dirigé par un secrétaire général pakistanais, ce qui confère à ce nouveau partenariat une structure institutionnelle plutôt que de le laisser au stade d’une simple déclaration symbolique.

La Turquie affirme que ce pacte n’est dirigé contre aucun pays en particulier. Cependant, les nations impliquées font écho aux anciennes mises en garde prophétiques des Écritures concernant les nations qui s’opposeront un jour à Israël, ce dont les chrétiens devraient prendre bonne note.

Pourquoi ces trois nations se sont-elles unies maintenant ? La réponse immédiate est : l’Iran. Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des frappes préventives contre l’Iran en février, ce dernier et ses mandataires ont tiré des missiles et des drones sur les États du Golfe, menacé les infrastructures saoudiennes et perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et la mer Rouge.

Pourtant, cet accord reflète également un changement plus profond. L’Arabie saoudite s’interroge de plus en plus sur la possibilité de compter exclusivement sur les États-Unis pour assurer sa sécurité. La réponse américaine limitée à l’attaque iranienne de 2019 contre les installations pétrolières saoudiennes a ébranlé cette confiance, tandis que la guerre actuelle a exposé les pays du Golfe à des frappes de représailles de la part de l’Iran et de ses mandataires à la suite des assauts américains et israéliens.

Les acteurs clés

Chaque pays apporte ses atouts à l’alliance. L’Arabie saoudite apporte son poids financier, son influence dans le monde sunnite et son contrôle sur les lieux saints de l’islam. Le Pakistan offre une puissance nucléaire et des capacités en matière de missiles balistiques. Quant à la Turquie, elle dispose d’une armée puissante qui fabrique ses propres armes et s’implique souvent auprès des pays voisins. Leurs dirigeants affirment qu’ensemble, leurs capacités uniques — argent, technologie nucléaire et balistique, et puissance militaire — les aideront à créer une coalition intimidante contre leurs ennemis. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’une telle union pourrait poser de sérieux défis à la sécurité d’Israël et avoir un impact sur la stabilité de l’ensemble du Moyen-Orient.

Ce pacte rassemble également des pays aux priorités divergentes. L’Arabie saoudite considère toujours l’Iran et ses mandataires comme sa menace sécuritaire la plus immédiate. La Turquie s’exprime et agit de plus en plus comme si Israël constituait le plus grand danger régional. Par exemple, le président turc Recep Tayyip Erdogan a récemment déclaré : « Le sionisme ne menace pas seulement moi, ni seulement notre parti, ni seulement notre alliance ; il menace tout le monde. » [1] Le Pakistan cherche à exercer une influence au Moyen-Orient tout en équilibrant ses relations avec la Chine, l’Iran, les États-Unis et son principal rival, l’Inde. De plus, il n’est pas non plus un allié d’Israël. Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a récemment appelé à la formation d’un « front militaire uni » du monde islamique contre Israël.[2] Ces intérêts majeurs pourraient à terme limiter l’alliance et déboucher sur des alignements suscitant des inquiétudes régionales plus larges.

Pourquoi Israël reste vigilant

Pour Israël, une question immédiate se pose : cet accord ferme-t-il la porte à une participation saoudienne aux Accords d’Abraham ? Il rend certes la normalisation plus difficile à court terme, mais cela ne prouve pas que l’Arabie saoudite l’ait rejetée de manière définitive. Les Saoudiens semblent jouer la carte de la prudence en renforçant leur position auprès de la Turquie et du Pakistan, tout en continuant à rechercher des avantages en matière de sécurité, de technologie et d’économie auprès des États-Unis.

Les ambitions régionales croissantes de la Turquie constituent une préoccupation plus immédiate pour Israël. Le président Erdogan a intensifié ses attaques contre Israël et le sionisme tout en étendant l’influence turque en Syrie. La Turquie est devenue l’un des principaux soutiens du gouvernement syrien de l’après-Assad, et Israël est intervenu militairement pour empêcher qu’une présence turque menaçante ne s’installe près de sa frontière nord. Une confrontation directe entre Israël et la Turquie en Syrie pourrait constituer le premier test sérieux des clauses de défense mutuelle du pacte.

Gaza présente une autre contradiction frappante. L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan sont tous membres du « Conseil de la paix » du président Trump, créé pour superviser la transition et la reconstruction de Gaza. Or, la Turquie apporte depuis longtemps un soutien politique au Hamas. Dans le même temps, le Pakistan a insisté pour que les troupes qu’il enverrait à Gaza servent de forces de maintien de la paix et ne soient pas chargées de désarmer de force le Hamas. Ces trois pays pourraient donc utiliser à la fois le Conseil de la paix et leur nouveau partenariat de défense pour exercer une plus grande influence sur l’avenir de Gaza — une influence qui ne correspond pas à la vision de Trump pour la région et prive Israël de la sécurité pour laquelle il s’est battu longuement et durement après la brutale attaque du 7 octobre 2023.

Le Qatar n’est pas signataire de l’accord de La Mecque, mais il ne faut pas le négliger. Il entretient des relations étroites avec la Turquie, a accueilli des dirigeants du Hamas et a joué un rôle central dans les négociations concernant Gaza. Certains analystes considèrent le Qatar, la Turquie, le Pakistan et le nouveau gouvernement syrien comme les maillons d’un alignement sunnite émergent plus large, l’Arabie saoudite gardant un pied dans ce groupe tout en préservant ses relations ailleurs.

Israël, quant à lui, a évoqué un projet d’« hexagone d’alliances » associant Israël, l’Inde, la Grèce, Chypre, ainsi que d’autres pays arabes, du Golfe, africains et asiatiques.

Ces développements méritent une attention particulière. Mais en tant que chrétiens, nous devons résister à deux erreurs opposées : ignorer les forces spirituelles qui façonnent les événements mondiaux ou considérer chaque nouvelle actualité comme l’accomplissement précis d’une prophétie biblique. Les Écritures nous fournissent des modèles permettant de comprendre les nations, mais elles nous appellent également à aborder les passages prophétiques avec humilité.

Dans ce cadre, efforçons-nous de comprendre la portée de cette évolution géopolitique et la manière dont ces acteurs contemporains s’inscrivent dans le récit biblique plus large — notamment dans le Psaume 83 et Ézéchiel 38.

Cadre théologique et prophétique

Le Psaume 83 décrit une coalition de diverses puissances familiales et régionales qui mettront de côté leurs différends historiques pour former une coalition unique contre le peuple de Dieu, Israël :

Ils ont pris des conseils rusés contre Ton peuple [Israël], et se sont concertés contre ceux que Tu protèges. Ils ont dit : « Venez, exterminons-les en tant que nation, afin que le nom d’Israël ne soit plus jamais évoqué. » Car ils se sont concertés d’un commun accord ; ils forment une confédération contre Toi : les tentes d’Édom et les Ismaélites ; Moab et les Hagrites ; Gebal, Ammon et Amalek ; la Philistie avec les habitants de Tyr ; l’Assyrie s’est également jointe à eux. (vv. 3–8, italiques ajoutés)

Dans ce passage, le psalmiste met en avant plusieurs puissances régionales clés du Proche-Orient antique — notamment Édom, Moab, Ammon, la Philistie et l’Assyrie — et la manière dont elles s’unissent dans un but commun : se débarrasser d’Israël, afin qu’il « ne soit plus jamais mentionné ».

Si ces noms antiques peuvent sembler lointains aux lecteurs modernes de la Bible, l’alliance émergente entre les trois grandes puissances islamiques d’aujourd’hui est particulièrement intéressante compte tenu de leur identité dans le monde antique.

L’Arabie saoudite et les Ismaélites

Remarquez que le Psaume 83:6 mentionne les Ismaélites aux côtés d’Édom. D’un point de vue historique et biblique, les Ismaélites vivaient dans le nord et le centre de la péninsule arabique — ce qui, géographiquement, correspond à l’Arabie saoudite moderne.

L’Assyrie et la Turquie

L’ancien et puissant empire assyrien couvrait des parties de ce que nous appelons aujourd’hui l’Irak, la Syrie et la Turquie. Le Psaume 83:8 indique que l’Assyrie rejoindra un jour ce groupe de nations ennemies. Aujourd’hui, la Turquie occupe cette même région septentrionale où régnait autrefois l’Assyrie.

Le Pakistan et l’alliance orientale

Bien que le nom antique de la région du Pakistan ne soit pas mentionné dans le Psaume 83, le fait qu’elle s’aligne avec l’Arabie saoudite et la Turquie reste préoccupant, car cela correspond à un schéma décrit dans Ézéchiel 38:5-6, qui avertit que des pays de l’Est et de contrées lointaines s’uniront contre Israël à la fin des temps :

La Perse, Kush et Put seront avec eux, tous munis de boucliers et de casques ; ainsi que Gomer avec toutes ses troupes, et Beth-Togarma, du nord lointain, avec toutes ses troupes — les nombreuses nations qui seront avec vous.

Ces thèmes prophétiques bibliques — où les puissances du nord, de l’est et du sud s’allient dans les derniers temps contre le peuple de Dieu — rendent cet accord récent entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie d’autant plus intéressant. Il révèle également une réalité biblique immuable : les nations forment des alliances, et Israël devient à maintes reprises le point central du conflit. Pourtant, aucune confédération humaine ne peut annuler les promesses de l’alliance de Dieu ni renverser ses desseins pour Israël.

Les prophètes nous offrent également une vision qui transcende la guerre. Ésaïe 19, 23-25 envisage un jour où l’Égypte et l’Assyrie adoreront aux côtés d’Israël et où Dieu déclarera : « Béni soit l’Égypte, mon peuple, et l’Assyrie, l’œuvre de mes mains, et Israël, mon héritage. » Le dessein ultime de Dieu n’est pas une hostilité sans fin au Moyen-Orient, mais la rédemption, la réconciliation et l’établissement de son royaume.

Pourquoi les chrétiens devraient-ils y prêter attention

Un bloc doté de l’arme nucléaire, financièrement stable et doté de capacités militaires pourrait faire basculer l’équilibre des forces au détriment de l’avantage militaire qualitatif (QME) d’Israël — un cadre et une exigence codifiée en vertu de la législation américaine, conçus pour garantir qu’Israël conserve sa supériorité militaire sur ses adversaires régionaux potentiels.

La décision de signer cet accord à La Mecque revêt également une importance particulière. Ce lieu évoque bien plus qu’une simple coopération militaire ; il fait appel à la solidarité islamique et confère au pacte un poids religieux. De même, Jérusalem n’est jamais une simple question stratégique dans le monde musulman. Les revendications islamiques sur la Ville Sainte de Dieu et la capitale éternelle d’Israël peuvent unir des gouvernements dont les intérêts politiques divergent par ailleurs.

Les gouvernements turc et pakistanais, bien que géographiquement éloignés, laissent les idées religieuses dicter leurs règles. Cela rend la vie marquée par les préjugés, voire dangereuse, pour les petits groupes de personnes ayant des croyances différentes — comme les chrétiens — et les empêche de pratiquer leur foi en toute sécurité.

Enfin, un partenariat sunnite intransigeant pourrait freiner — ou pire, inverser — la dynamique des efforts de normalisation régionale, tels que les Accords d’Abraham.

Ainsi, cet accord pourrait avoir des répercussions tant pour les croyants que pour les décideurs politiques.

Je m’intéresse à Israël et au Moyen-Orient au sens large depuis plus de 40 ans et j’ai vu les dirigeants occidentaux commettre à maintes reprises l’erreur d’essayer de comprendre la région à travers le prisme de la puissance économique et militaire, en oubliant complètement à quel point les croyances religieuses des populations déterminent profondément leurs choix et leurs alliances.

Appel à l’action et à la prière

Cette alliance récente peut sembler alarmante. Mais le plan de Dieu est parfait et bon, et nous pouvons trouver le repos dans cette vérité. Ses desseins prévaudront.

Cependant, nous ne devons pas nous contenter d’être des observateurs passifs. Nous devons garder les yeux rivés sur Israël, rester fermes et nous tenir informés. Surtout, nous devons être des sentinelles vigilantes sur la muraille (Ézéchiel 33:6 ; Ésaïe 62, 6-7) — et, comme la Parole de Dieu nous y invite, « prier pour la paix de Jérusalem » (Psaume 122, 6), pour que la sagesse soit accordée aux dirigeants d’Israël, ainsi qu’aux croyants d’Arabie saoudite, de Turquie, du Pakistan, d’Iran, de Syrie et de Gaza. Nous sommes appelés à faire preuve de discernement spirituel afin de pouvoir prier en accord avec la Parole de Dieu et de nous tenir fidèlement aux côtés de ses desseins pour Israël et les nations.

[1]https://www.meforum.org/mef-online/the-new-crescent-mecca-pact-gives-rise-to-a-sunni-bloc-posing-new-challenges-for-israel

[2] Ibid.