Pourquoi de plus en plus de pays optent pour les systèmes de défense aérienne israéliens
Début septembre, un chantier naval allemand a livré le sous-marin INS Drakon à Israël. Trois autres sous-marins de nouvelle génération sont déjà en cours de construction. La relation fonctionne également dans l’autre sens : l’Allemagne a acquis le système de défense antimissile israélien Arrow 3, pour un coût total du projet s’élevant à 3,8 milliards d’euros. Chaque pays fournit à l’autre les capacités que celui-ci a choisi d’intégrer dans ses plans de défense à long terme.
Cela rend le débat sur les exportations d’armes allemandes vers Israël plus complexe qu’une simple discussion portant sur une seule livraison. Berlin a approuvé près de 800 millions d’euros d’exportations de matériel de défense vers Israël au cours du premier semestre 2026, une grande partie de ce montant étant liée à un projet naval de grande envergure. L’ampleur de cette relation explique pourquoi les pressions politiques ne peuvent pas y mettre fin rapidement. Elle met également en lumière un aspect supplémentaire d’une évolution plus large : Israël est en train de devenir un fournisseur important de systèmes de défense aérienne pour des pays confrontés à des menaces très diverses.
L’acquisition par l’Allemagne du système Arrow 3 constitue l’un des plus grands succès d’Israël en matière d’exportations de défense. Pourtant, un système israélien moins connu, mais potentiellement plus prometteur, illustre l’étendue de la demande : le SPYDER de Rafael Advanced Defense Systems. La République tchèque a acquis ce système en 2021 et envisage actuellement son extension. La Roumanie a signé un contrat majeur en juin, tandis que la Grèce a intégré le SPYDER à son programme national de défense aérienne. L’importance de cette évolution réside à la fois dans l’arrivée de nouveaux clients et dans la perspective que des clients existants en achètent davantage.
Prague est actuellement en pourparlers pour acquérir quatre systèmes SPYDER All-in-One dans le cadre d’un accord dont la valeur s’élèverait, selon certaines sources, à plusieurs milliards de shekels. Il ne s’agirait pas simplement de quatre batteries supplémentaires de la même configuration. La version « All-in-One » réunit un radar, un lanceur, des missiles et des équipements de commandement sur un seul véhicule. Rafael l’a conçue pour permettre un déploiement rapide et assurer la protection des forces en mouvement ou de sites spécifiques. La commande proposée fait toujours l’objet de négociations, mais son enjeu commercial est clair : l’armée tchèque cherche à étendre un système qu’elle a déjà choisi et commencé à recevoir.
Cette séquence est plus révélatrice qu’une simple liste d’acheteurs potentiels. Le premier contrat a permis à Rafael de s’intégrer au réseau de défense aérienne d’un pays membre de l’OTAN. La livraison permet à l’armée tchèque d’acquérir de l’expérience avec le système. Une nouvelle commande viendrait renforcer une capacité existante plutôt que d’obliger Prague à choisir dès le départ un fournisseur qu’elle ne connaît pas. C’est le genre de progression que les fabricants d’équipements de défense apprécient, car la formation, la maintenance et l’intégration font alors partie intégrante de la décision d’achat.
La menace qui sous-tend cette décision est évidente. La guerre menée par la Russie en Ukraine a poussé les gouvernements européens à examiner les moyens de protection dont disposent leurs forces et leurs infrastructures. L’intérêt de la République tchèque s’inscrit donc dans un effort plus large visant à renforcer la défense aérienne et constitue une réponse spécifique aux besoins militaires propres au pays.
Le système à l’origine de ces ventes
SPYDER est conçu pour assurer la défense contre toute une gamme de menaces aériennes, notamment les drones et les aéronefs. Il utilise des missiles issus des gammes Python et Derby de Rafael et est proposé en différentes configurations. Le véhicule « tout-en-un » embarque l’équipement nécessaire pour détecter, gérer et engager des cibles, ce qui lui permet d’opérer de manière autonome ou de se connecter à un réseau de commandement plus vaste. Cette flexibilité explique en partie pourquoi le système peut répondre aux besoins de clients présentant des reliefs, des structures de forces et des priorités variés.
L’accord conclu avec la Roumanie permet à Rafael de compter un nouveau client européen de premier plan. Selon Globes, le contrat SPYDER signé en juin s’élève à environ 2 milliards d’euros. La Grèce, confrontée à ses propres préoccupations en matière de sécurité ainsi qu’à sa rivalité de longue date avec la Turquie, est allée plus loin : elle a demandé à Israël de l’aider à mettre en place un réseau national intégré de défense aérienne.
Dans le cadre de l’accord « Achilles Shield », d’une valeur d’environ 3 milliards d’euros et signé en août, ce réseau combinera le SPYDER de Rafael et le David’s Sling avec le Barak MX et les radars d’Israel Aerospace Industries. Rafael dirigera également le développement du système de commandement et de contrôle qui les reliera. Ce contrat démontre qu’Israël peut remporter des marchés tant en fournissant un système tel que le SPYDER qu’en réunissant plusieurs de ses entreprises de défense pour protéger un pays tout entier.
La portée du SPYDER s’étend au-delà de l’Europe. Les Philippines et les Émirats arabes unis ont acquis ces systèmes. Ces pays ne partagent ni le même relief, ni la même situation politique, ni les mêmes besoins militaires. Leur intérêt témoigne d’une demande pour des systèmes de défense aérienne pouvant s’adapter à différents plans nationaux, plutôt que d’une simple flambée régionale des dépenses.
Au-delà de sa polyvalence, SPYDER présente un avantage à l’exportation qu’il est facile de négliger. Il s’agit d’un système israélien ne nécessitant pas le partenariat américain, contrairement à des programmes tels que Arrow 3 et David’s Sling. Cela confère à Israël une plus grande liberté dans la négociation d’une vente.
Cette liberté pourrait prendre de plus en plus de valeur à mesure que l’industrie de défense israélienne se développe. Il ne fait aucun doute que le développement conjoint avec les États-Unis a contribué à la production de certains des systèmes les plus performants d’Israël. Cependant, SPYDER propose un modèle commercial différent : une technologie qu’Israël peut commercialiser auprès d’un éventail plus large de clients, selon des conditions qu’il est mieux à même de définir. Pour les acheteurs à la recherche d’un système de défense aérienne capable de s’adapter à leurs forces existantes, cette combinaison de capacités et de flexibilité d’achat pourrait s’avérer aussi importante que les spécifications du système.
Les chiffres des exportations israéliennes témoignent de l’ampleur et de la portée de la demande. Selon le ministère de la Défense, les entreprises israéliennes ont signé des contrats d’exportation de défense pour un montant record de 19,2 milliards de dollars en 2025. Les systèmes de missiles, de roquettes et de défense aérienne représentaient 29 % du total. L’Europe représentait 36 % de la valeur des contrats, l’Asie et le Pacifique 32 %, tandis que l’Amérique du Nord s’élevait à 13 %.
La demande qui sous-tend ces chiffres trouve son origine dans différentes menaces. Partout en Europe, la guerre menée par la Russie en Ukraine a rendu l’acquisition de systèmes de défense aérienne plus urgente. La Grèce a ses propres considérations, influencées en partie par ses tensions sécuritaires de longue date avec la Turquie. En Asie et dans le Pacifique, les inquiétudes concernant la Chine poussent les gouvernements à renforcer leurs défenses. Ces pays effectuent ces achats pour des raisons différentes, mais tous ont besoin de moyens pour protéger leur territoire et leurs forces contre d’éventuelles attaques.
C’est là l’opportunité que SPYDER met à la portée d’Israël. Son attrait s’étend à différentes régions et répond à divers besoins militaires, tandis que Rafael dispose d’une plus grande liberté pour le commercialiser sans l’accord d’un partenaire américain. Le contrat allemand concernant l’Arrow 3 a montré qu’Israël pouvait remporter un marché historique. La portée plus large de SPYDER laisse entrevoir une tendance plus durable : la défense aérienne israélienne devient un choix pratique pour des pays confrontés à des menaces très différentes.