L’affaire visant trois militants de Ra’am, soupçonnés de corruption électorale, piétine après le rejet par le tribunal de la demande de la police de prolonger leur détention

La police a découvert des enveloppes contenant de l’argent liquide et des bulletins de vote lors de perquisitions effectuées sans mandats en bonne et due forme

Ballot slips for Ra'am at a voting station (Photo: Screenshot)
Bulletins de vote de Ra’am dans un bureau de vote (Photo : capture d’écran).

L’enquête visant trois militants du parti arabe islamiste Ra’am, soupçonnés d’avoir versé des pots-de-vin à des électeurs pour les inciter à voter lors des élections de la semaine dernière, est au point mort. Dimanche, le tribunal de première instance de Beer-Sheva a en effet émis des réserves quant aux éléments du dossier.

Les trois suspects avaient été arrêtés dans la nuit précédant le scrutin, après que la police eut découvert à leur domicile des enveloppes contenant de l’argent liquide ainsi que des bulletins de vote. Toutefois, lors d’une audience la semaine dernière, la police a reconnu que les perquisitions avaient été effectuées avant la délivrance des mandats nécessaires.

Envelopes of cash siezed during an Israel Police raid on homes of Ra'am activists suspected of election fraud in southern Israel on election day, October 27, 2026. (Photo: Israel Police)
Enveloppes contenant de l’argent liquide saisies par la police israélienne lors d’une perquisition aux domiciles de militants du parti Ra’am, soupçonnés de fraude électorale dans le sud d’Israël, le jour du scrutin, le 27 octobre 2026. (Photo : police israélienne)

Quatre autres suspects ont été arrêtés jeudi. Ils ont depuis été remis en liberté et placés en résidence surveillée. Les médias israéliens ont ensuite rapporté que les renseignements ayant conduit à ces arrestations avaient été transmis à la police par Ido Norden, chef de cabinet par intérim du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L’affaire a éclaté dans un contexte de participation électorale sans précédent parmi les électeurs arabes, poussant le Likoud à affirmer que les élections avaient été « volées ». Cette accusation a été formulée avant que ne soient révélées des informations sur une enquête du Shin Bet concernant une autre affaire de corruption électorale, potentiellement plus grave, portant sur des fonds qui auraient été acheminés depuis le Qatar ou la Turquie.

Les autorités ont depuis souligné que cette affaire, qui porterait selon les informations disponibles sur l’autre parti arabe, la Liste arabe unifiée (Hadash-Ta’al), ne remettrait pas en cause l’intégrité des résultats électoraux dans leur ensemble.

Les deux affaires font l’objet d’enquêtes distinctes et aucun lien présumé entre elles n’a été identifié. Dans le même temps, le dossier visant les militants de Ra’am semble s’essouffler.

Dimanche, le tribunal de première instance de Beer-Sheva a rejeté la demande de la police visant à prolonger de huit jours la détention de deux militants bédouins de Ra’am originaires du sud du pays. Le troisième suspect, le médecin Saef Abu Raesh, âgé de 38 ans, a quant à lui été remis en liberté sans condition.

La détention de Hussein Masoudin, 63 ans, a été prolongée de deux jours, tandis qu’Ibrahim al-Garibi, 42 ans, a été placé en résidence surveillée jusqu’au dimanche suivant.

Le juge présidant l’audience, Eran Tzabari, a vivement critiqué la manière dont la police avait traité l’affaire, notamment sa demande d’interdire à Abu Raesh d’utiliser Internet. Le magistrat a estimé que la police n'avait pas présenté d'éléments suffisants pour justifier une assignation à résidence ou une interdiction d'accès à Internet, soulignant que le médecin menait une vie ordinaire, respectueuse de la loi, et avait besoin d'Internet dans le cadre de son activité professionnelle.

« Les soupçons raisonnables ne se sont pas renforcés. On peut même dire que leur degré a en réalité diminué », a statué le juge.

En réponse à l’avocat d’Abu Raesh, qui soutenait que la police avait procédé à une perquisition illégale, l’enquêteur a déclaré : « Une perquisition a été effectuée sans mandat. Appelez cela illégal si vous voulez. Nous disposions de renseignements récents. Un mandat de perquisition n’était pas nécessaire. »

L’avocat a également contesté que des enveloppes contenant de l’argent aient été découvertes, affirmant : « Cet homme organisait simplement des réunions à domicile. C’est un médecin. Il allait de maison en maison pour expliquer aux gens pourquoi il était important de se rendre aux urnes. Nous devrions être fiers de ce qu’il a fait, au nom de la citoyenneté. Il a choisi de contribuer au changement de la société par l’influence démocratique. »

Concernant Masoudin, dont la détention a été prolongée, le juge Tzabari aurait estimé que son cas se distinguait nettement de celui des deux autres suspects.

Le quotidien Ynet News a rapporté que des enveloppes contenant de l’argent et portant les mots « Mouvement islamique » en arabe avaient été découvertes au domicile de Masoudin. Des bulletins de vote de Ra’am auraient également été retrouvés dans sa voiture.

Un représentant de l’unité chargée de l’enquête a déclaré : « Il s’agit d’une deuxième demande de prolongation de détention pour une infraction particulièrement grave. Et quand je dis particulièrement grave, je veux dire très grave. »

Selon Ynet News, le Likoud préparerait une requête visant à faire annuler les résultats dans les bureaux de vote où il affirme que des électeurs ont été soudoyés. « De nouvelles élections doivent être organisées dans ces bureaux de vote », ont déclaré des responsables du parti.

Le média a également cité une source bédouine du Néguev, région où se trouve la majeure partie de l’électorat de Ra’am, qui a décrit le système évoqué par l’avocat d’Abu Raesh et qui serait largement utilisé par les partis arabes à l’approche des élections.

Selon cette pratique, des militants politiques rendent visite à des familles à faibles revenus et leur proposent une aide financière afin de les inciter à voter.

Cette aide se situerait entre 200 et 300 shekels (65 à 95 dollars). Elle peut également comprendre des bons de carburant d’une valeur de 100 shekels (32 dollars) destinés aux personnes qui transportent des habitants jusqu’aux bureaux de vote.

L’avocat de Masoudin a affirmé que les enveloppes portant le nom du Mouvement islamique, mouvement religieux auquel est associé Ra’am et dont la branche nord a été interdite, contenaient chacune 1 000 shekels (environ 320 dollars).

« Je ne comprends pas pourquoi tout ce remue-ménage », a déclaré la source bédouine. « Nous avons appris cela du parti ultraorthodoxe Shas, qui pratique cette méthode depuis des années et distribue même de l’argent dans les synagogues. »

« Alors pourquoi tout ce bruit aujourd’hui ? Simplement parce que nous sommes arabes ? Parce que nous nous sommes mobilisés pour voter et que nous sommes devenus une force politique puissante ? », a-t-il ajouté.

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