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Des cornes de diable à Hitler : la campagne antisémite de l'extrême droite contre le député américain Randy Fine

 
Randy Fine, membre de la Chambre des représentants des États-Unis (Photo : USA TODAY Network via Reuters)

Un candidat républicain d’extrême droite au Congrès se présente contre un député juif sortant en le qualifiant de « gros juif », en le représentant avec des cornes de diable, en invoquant l’un des stéréotypes juifs les plus tristement célèbres de l’histoire et en produisant une vidéo de campagne qui frôle la réhabilitation d’Adolf Hitler.

Non, il ne s’agit pas d’un compte néonazi anonyme opérant depuis les recoins obscurs d’Internet. Il s’agit bien d’une véritable campagne républicaine pour le Congrès en Floride en 2026.

Si vous pensiez que Hasan Piker était mauvais, attendez de découvrir Dan Bilzerian, influenceur sur les réseaux sociaux et antisémite notoire.

Bilzerian tente de battre le député républicain Randy Fine lors de la primaire du Parti républicain qui se tiendra mardi dans la 6e circonscription de Floride.

Mais ce qu’il fait subir à Fine dépasse tellement le cadre d’une attaque politique normale qu’il est difficile de décrire cela autrement que comme une campagne ouvertement antisémite contre un membre juif du Congrès.

Et c’est encore une façon douce de le dire.

L’exemple le plus choquant est venu d’une vidéo de campagne générée par IA que Bilzerian a diffusée dans les derniers jours de la campagne. Cette vidéo d’environ deux minutes attaque Fine en le qualifiant de « gros juif », représente des juifs avec des cornes de diable, invoque le stéréotype antisémite de Shylock et dépeint Fine comme « satanique ».

Puis vient ce moment choquant : « Devrions-nous réexaminer les opinions de ce peintre autrichien ? » Le « peintre autrichien » en question est Adolf Hitler. Tout cela est tout simplement ignoble et provient de l’extrême droite antisémite.

Bilzerian ne s’en cache pas. Il ne s’agit pas d’une vieille publication sur les réseaux sociaux déterrée d’il y a 15 ans pour laquelle un candidat présente aujourd’hui ses excuses. Il s’agit de matériel de campagne diffusé alors même que les électeurs sont en train de voter. Fine estime que les gens devraient le voir. En fait, plutôt que d’essayer de faire taire cette attaque, il a lui-même republié la vidéo de Bilzerian.

« J’encourage les gens à aller la regarder », a déclaré le député Fine à ALL ISRAEL NEWS.

« Je l’ai publiée sur mes propres réseaux sociaux… Je veux que les gens la voient, car ils doivent comprendre que c’est là le mal auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. Et je l’ai publiée en partie parce que je me suis dit : si c’est ce que vous voulez, je ne veux pas de votre vote. Mais je pense que les gens doivent comprendre que le mal existe et que je vais le combattre chaque jour. »

La vidéo est choquante, mais voici ce qui rend cette histoire encore plus inquiétante : ce n’est pas une aberration. L’antisémitisme fait désormais partie intégrante de l’image politique de Bilzerian. Son programme électoral comprend une section intitulée « Mettre fin à la suprématie juive » et s’en prend à ce qu’il appelle les « intérêts particuliers juifs ». Une autre priorité de sa campagne consiste à enquêter sur les responsables politiques soupçonnés de « double allégeance ».

Vient ensuite l’activité de Bilzerian sur les réseaux sociaux. Le Combat Antisemitism Movement (CAM) a examiné 657 publications issues du compte Twitter de campagne de Bilzerian entre le 12 mai et le 10 août et en a classé 33 % comme antisémites.

Sur les 218 publications contenant des termes tels que « Juif », « Juifs », « Israël », « sioniste » et « Holocauste », le CAM en a classé 215 comme hostiles. Cela représente 99 %. Le CAM estime que ces contenus ont généré environ 12,5 millions de vues.

Cette rhétorique va bien au-delà de la simple opposition à Israël. Bilzerian a relayé des théories du complot sur le pouvoir juif, remis en cause l’histoire de l’Holocauste et décrit Israël comme « le plus grand ennemi au sein même de l’Amérique ». Le CAM a également identifié une publication de campagne suggérant qu’un recensement des Juifs permettrait soi-disant de « réfuter l’Holocauste ».

La rhétorique de Bilzerian ne date pas non plus de son entrée en politique. Avant de se lancer dans la course au Congrès, il s’était déjà fait remarquer pour avoir tenu des propos généralisateurs sur les Juifs et le judaïsme et remis en cause le bilan officiel des victimes de l’Holocauste.

Lors d’une intervention en 2024 aux côtés de Piers Morgan, il avait qualifié la « suprématie juive » de « plus grande menace pour le monde aujourd’hui ».

Lorsqu’on lui a donné l’occasion de s’expliquer, Bilzerian ne s’est pas contenté de s’excuser et de dire qu’il était allé trop loin. Il a défendu sa rhétorique en présentant Fine comme un « suprémaciste juif ».

Soyons clairs : s’opposer à Israël n’est pas en soi antisémite. S’opposer à l’aide militaire américaine à Israël n’est pas antisémite. Penser que Benjamin Netanyahou est un très mauvais Premier ministre n’est pas antisémite. Estimer que les États-Unis devraient réduire considérablement leur implication au Moyen-Orient n’est pas non plus antisémite.

Mais traiter son adversaire de « gros juif », parler de « suprématie juive », colporter des théories du complot sur la domination juive, remettre en cause l’Holocauste, représenter des Juifs avec des cornes de diable, puis invoquer Adolf Hitler tout en menant campagne contre un député juif : ce n’est pas un désaccord en matière de politique étrangère. C’est de l’antisémitisme.

Il convient également de noter qu’il y a environ une semaine, une croix gammée nazie a été peinte à la bombe sur une affiche de campagne du député Randy Fine dans l’un des bureaux de vote anticipé de sa circonscription. La police enquête sur les circonstances de cet acte.

Il ne fait aucun doute que le député Fine a fait l’objet de controverses. Il est l’un des membres les plus combatifs du Congrès et a lui-même fait l’objet de vives critiques pour ses propos incendiaires à l’égard des musulmans et des Palestiniens. Ses propos et son bilan peuvent être remis en cause. Les électeurs peuvent le soutenir, s’opposer à lui, le critiquer ou ne pas le réélire. Mais rien de tout cela n’excuse l’antisémitisme.

Cet épisode met en lumière un phénomène que les conservateurs ne peuvent plus se permettre d’ignorer lorsqu’il s’agit de haine envers les Juifs. « Nous y sommes habitués à gauche, mais le voir surgir à droite est très, très inquiétant », m’a confié Fine. Il a raison.

Un débat légitime et de plus en plus important a lieu au sein de la droite américaine sur Israël, l’aide étrangère, l’interventionnisme et la signification de « l’Amérique d’abord ».

Mais il existe également une frange plus restreinte et bien plus répugnante qui tente d’introduire subrepticement une haine des Juifs à l’ancienne dans ce débat, sous le couvert du populisme et d’une politique anti-establishment. La campagne de Bilzerian en est peut-être l’exemple le plus grotesque à ce jour.

Les républicains sont désormais confrontés à un test très simple. Fine m’a confié quelle devait être, selon lui, la réponse. « Je pense que nous devons, franchement, rejeter ceux qui affirment détester les Juifs. Je veux dire, je ne pense pas qu’il y ait le choix. Nous ne pouvons pas, nous ne pouvons pas tolérer cela au sein de notre parti. »

Exactement.