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« La vie des Juifs en Allemagne n'est plus sûre », met en garde la chancelière alors que l'extrême gauche prend le pouvoir à Berlin après une « intifada électorale »

L'ambassadeur israélien dénonce « l'antisémitisme effréné » au sein de « Die Linke »

 
Des manifestants pro-palestiniens défilent dans les rues de Berlin Samedi 19 septembre 2026. (Photo : Reuters)

Alors que la communauté juive est prise pour cible partout dans le monde, les deux victoires électorales consécutives remportées par le parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD) ont, à juste titre, attiré l’attention.

Cependant, le préjudice le plus grave pour la communauté juive en Allemagne pourrait bien provenir de la victoire, le week-end dernier, du parti d’extrême gauche Die Linke (La Gauche) dans la capitale, Berlin. Des dirigeants de tous horizons politiques, des responsables de la communauté juive et l’ambassadeur d’Israël tirent la sonnette d’alarme face à ce qu’ils décrivent comme des positions extrêmement anti-israéliennes et antisémites au sein du parti.

Die Linke, héritier du SED, le parti qui a dirigé la dictature de l’Allemagne de l’Est jusqu’à la réunification en 1990, a remporté dimanche les élections municipales de Berlin avec 25,7 % des voix, battant avec une marge significative les grands partis traditionnels que sont la CDU et le SPD.

Si Die Linke parvient à convaincre le SPD (centre-gauche) et les Verts de former une coalition, il pourrait diriger pour la première fois un Berlin unifié. La ville abrite la plus grande communauté juive d’Allemagne, forte d’environ 50 000 personnes, parmi lesquelles figurent également des milliers d’expatriés israéliens.

La capitale allemande est au cœur des manifestations anti-israéliennes depuis le 7 octobre 2023. Ces manifestations ont souvent donné lieu à des affrontements avec la police et ont été dominées par la population d’origine arabe et musulmane de la ville, en pleine croissance, ainsi que par son importante communauté de radicaux de gauche.

La campagne du parti ciblait explicitement ces groupes. Récemment, par exemple, le candidat Basem Said a exhorté ses électeurs à mener une « intifada électorale », tout en accusant les partis centristes d’« imposer le même consensus raciste ». Il a ajouté : « Ils ont bafoué nos droits civils, banalisé la diabolisation anti-arabe, activement soutenu le génocide [israélien] et voté en faveur de la contrebande d’armes vers le régime israélien. »

« Votez pour la gauche. Défendez sans crainte les droits des migrants et la libération de la Palestine », a exhorté Said. Son slogan de campagne est : « Pour Neukölln. Pour la migration. Pour la Palestine. »

Die Linke, déjà latemment antisémite, a connu des changements rapides au cours des dernières années. « Le parti a été infiltré ces dernières années », a expliqué Ahmad Mansour, expert en extrémisme arabo-israélien, dans une interview accordée à Focus.

« Après la mort de George Floyd aux États-Unis en 2020, la politique identitaire a pris une grande importance… La société à majorité blanche opprimerait tous les migrants et tous les musulmans. Puis est survenue l’attaque du Hamas contre Israël, et soudain, les membres ont commencé à se disputer sur la question d’Israël. L’idéologie postcoloniale qui considère Israël comme le dernier projet colonial, le diabolise et considère les Palestiniens exclusivement comme des victimes est désormais prédominante au sein du parti », a déclaré Mansour.

Le chancelier allemand Friedrich Merz, dont la CDU vient de subir plusieurs défaites cuisantes lors d’élections régionales successives, a déploré : « Le fait que la vie des Juifs ne soit plus en sécurité en Allemagne est le fardeau le plus lourd de ces dernières années. »

« La CDU, et moi-même personnellement, nous nous engageons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir que la vie des Juifs en Allemagne, et ici dans la capitale, Berlin, soit sûre », a déclaré Merz, promettant aux communautés juives de Berlin et du monde entier que ce qui est désormais possible dans les rues de Berlin « est une honte pour l’Allemagne, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour maîtriser la situation et faire reculer ce phénomène ».

Merz a également exhorté les partis de gauche modérés à ne pas coopérer avec Die Linke. « J’espère vivement que le SPD en particulier, mais aussi les Verts, apporteront une réponse très claire à ce sujet, surtout ici à Berlin », a ajouté Merz.

L'ambassadeur d'Israël en Allemagne, Ron Prosor, a souligné que les résultats de ce parti « doivent inquiéter toute personne soucieuse de la pérennité de la vie juive dans cette ville. L'antisémitisme totalement débridé qui s'est manifesté au sein de ce parti prend une nouvelle dimension politique avec son ascension au rang de première force politique ».

Au terme d’une campagne électorale marquée par de nombreuses polémiques antisémites, Prosor a fait remarquer que « les incidents récents survenus lors des soirées électorales en sont la preuve. Il ne s’agit plus de dérapages isolés, mais d’un véritable système. De nouvelles limites sont franchies à maintes reprises. »

Lors de la soirée de victoire, le député de Die Linke, Ferat Kocak, a été photographié aux côtés d’Ibrahim Ibrahim, un militant pro-palestinien notoire et membre du groupe terroriste FPLP. Selon le Tagesspiegel, il aurait un jour qualifié Yahya Sinwar, le cerveau du Hamas à l’origine des attaques du 7 octobre et qui a été tué, de « héros martyr ».

Kocak a justifié sa présence aux côtés d’Ibrahim en affirmant qu’il ne savait pas de qui il s’agissait et s’est distancié des « déclarations faisant l’éloge de la violence et du terrorisme ».

Mais des images ont montré qu’Issa Remmo, le tristement célèbre chef de la famille mafieuse libanaise basée à Berlin, était également présent à la fête. Die Linke a d’abord nié tout lien, mais des conversations entre Kocak et le fils du chef mafieux ont ensuite été rendues publiques. Le jeune Remmo a déclaré que lui et Kocak « luttaient ensemble pour atteindre nos objectifs ».

Interrogé l’année dernière sur le droit d’Israël à exister, Kocak avait répondu : « Ce sont les personnes qui ont le droit d’exister, pas les États. »

En juin, le parti Die Linke a adopté une résolution qualifiant les actions d’Israël dans la bande de Gaza de « génocide ». En septembre, un rappeur a lancé des slogans tels que « Yalla Yalla Intifada » et « Mort à l’armée israélienne » lors d’un meeting électoral.

La prestation du rappeur « Dahabflex », qui a également scandé des louanges à l’égard du groupe terroriste FPLP dans le cadre de sa chanson « Stop the Genocide », a suscité une vive polémique, bien que cela n’ait apparemment pas suffi à faire dérailler la campagne victorieuse du parti.

La tête de liste du parti à Berlin, et future maire potentielle, Elif Eralp, a par la suite condamné cette prestation, déclarant que « les appels à la violence et au meurtre sont absolument inacceptables » et ajoutant : « Les responsables auraient dû intervenir immédiatement. »

Après les élections, la coprésidente du parti, Ines Schwerdtner, a rejeté les accusations d’antisémitisme, affirmant que « la critique du gouvernement israélien et de l’armée israélienne ne doit pas être assimilée à de l’antisémitisme ».

« Si nous voulons nous attaquer au véritable problème de l’antisémitisme, il doit également être possible de critiquer le gouvernement et l’armée israéliens. Ces crimes de guerre doivent être dénoncés au même titre que l’antisémitisme et la haine des Juifs, bien réels en Allemagne », a-t-elle déclaré.

Cependant, le président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Josef Schuster, a rétorqué que le parti n’avait aucune crédibilité dans la lutte contre la haine des Juifs : « Le fait qu’un parti sur la tribune électorale duquel la mort de personnes a été ouvertement réclamée soit sorti vainqueur des élections m’inquiète profondément. À ce jour, cela n’a entraîné aucune conséquence ni sur le plan personnel ni sur le plan politique. »

Au contraire, des personnalités de premier plan ont quitté le parti à cause de cette question. En mars, le commissaire chargé de la lutte contre l’antisémitisme du Land allemand de Brandebourg a démissionné, invoquant une résolution anti-israélienne adoptée par la délégation de la jeunesse du parti en Basse-Saxe, ainsi que des pressions au sein même de son parti.

« Ce n’est plus possible. Et je ne peux pas continuer… sans trahir mes propres convictions », a écrit Büttner dans un communiqué.

« On ne peut pas prétendre soutenir la communauté juive alors que des événements impliquant des antisémites sont organisés ou défendus », a-t-il ajouté.

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