Khamenei aurait ordonné une répression « tirer pour tuer » alors que les groupes d'opposition iraniens affirment que 30 000 personnes ont été tuées en deux jours.
Le guide suprême iranien Ali Khamenei a ordonné au Conseil suprême de sécurité nationale, le 9 janvier, de réprimer les manifestations en Iran « par tous les moyens nécessaires », selon un article publié aujourd'hui (dimanche) par le New York Times, citant des hauts responsables iraniens. Les mêmes sources ont rapporté que les forces de sécurité avaient été déployées avec pour ordre de « tirer pour tuer » et de ne montrer aucune pitié.
Par ailleurs, des données publiées tôt ce matin ont révélé l'ampleur du massacre perpétré par le régime iranien contre les manifestants, mettant en évidence un écart considérable entre les rapports officiels de Téhéran et la réalité sur le terrain.
L'organisation de défense des droits humains HRANA, qui opère depuis les États-Unis et surveille l'évolution de la situation en République islamique, a publié un rapport actualisé visant à mettre en lumière le coût meurtrier de la répression des manifestations.
Selon les données de l'organisation, le nombre de décès confirmés s'élève à 5 459 personnes, dont la grande majorité sont des manifestants. Cependant, cela ne représente que la partie émergée de l'iceberg : l'organisation note que plus de 17 000 décès supplémentaires font actuellement l'objet d'une enquête.
En tenant compte de toutes les données, HRANA estime que le nombre total de décès liés à la répression des troubles s'élève à environ 22 490 personnes.
Au-delà des chiffres de HRANA, les témoignages provenant du système médical iranien brossent un tableau encore plus effrayant. Deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé, qui se sont entretenus avec le magazine Time, ont déclaré que, d'après les données recueillies par les médecins et les premiers intervenants sur le terrain (et analysées par un médecin iranien en exil), plus de 30 000 personnes ont été tuées en seulement deux jours, les 8 et 9 janvier.
La chaîne d'opposition britannique Iran International a fait état d'un bilan encore plus lourd, avec 36 500 morts au cours de ces deux jours. Les chiffres de la chaîne sont basés sur des documents classifiés dont elle a fait l'acquisition et sur des témoignages recueillis sur le terrain, notamment auprès du personnel médical, de témoins oculaires et des familles des victimes.
Dans le même temps, le journal britannique Daily Mail a publié les chiffres d'un autre médecin iranien en exil, qui a estimé que le nombre total de décès pendant toute la période des manifestations dépassait les 33 000. Les données ont également révélé l'ampleur des blessures : selon les estimations, près de 100 000 personnes ont été blessées, avec une statistique particulièrement effrayante indiquant que 30 % d'entre elles ont subi des blessures directes aux yeux, preuve que les forces de sécurité ont délibérément visé le visage des manifestants.
Contrairement aux chiffres en forte hausse rapportés par les organisations de défense des droits humains et les témoignages médicaux, le régime iranien poursuit sa politique de déni et de minimisation. Selon les chiffres officiels de Téhéran, seuls 3 117 décès ont résulté de ce qu'il qualifie d'« émeutes », un nombre qui ne représente qu'une fraction des estimations indépendantes. Les énormes divergences entre les données indiquent un effort systématique des autorités pour dissimuler l'ampleur de la répression violente contre les civils.
Itamar Margalit est correspondant de presse pour KAN 11.